La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Garde-barrière et garde-fous

Garde-barrière et garde-fous - Critique sortie Théâtre Paris La Cartoucherie
Crédit photo : Antoine Benoit

Théâtre de l’Aquarium / d’après deux reportages de l’émission « Les pieds sur terre » / mes Jean-Louis Benoit

Publié le 22 février 2016 - N° 241

Jean-Louis Benoit adapte et met en scène les textes de deux reportages de l’émission de France Culture, « Les pieds sur terre » : celui d’Olivier Minot, Monique, garde-barrière et celui d’Elodie Maillot, Les Travailleurs de l’ombre II : garde-fou, jusqu’au bout de la nuit. Léna Bréban s’empare de ces paroles à ras du social.

« Un espace mental dans lequel le spectateur peut pénétrer. »

Comment l’idée de ce spectacle est-elle née ?

Jean-Louis Benoit : En écoutant l’émission de France Culture, « Les pieds sur terre », j’ai entendu l’interview de Monique, une garde-barrière qui partait à la retraite et racontait sa vie et son métier, ses soucis familiaux, ses soucis professionnels. Son portrait offrait une belle représentation de notre société, en mettant en lumière une profession méconnue et une femme au bas de l’échelle sociale, isolée dans sa campagne profonde, et que personne ne semblait prendre la peine d’entendre. Son métier est en train de disparaître : elle fait le récit d’une fin. La fin de sa carrière, la fin de son métier, mais aussi la fin d’une SNCF où le privé n’était pas aussi important qu’il l’est devenu, où les gens se parlaient davantage, où il y avait encore ceux qu’on appelait les cheminots, aujourd’hui remplacés par les employés d’entreprises privées sous-traitantes. Monique raconte son mari décédé, son garçon de dix-huit ans qu’elle a très peu vu et qui a souffert des absences de sa mère, soumise à un rythme de travail harassant. Mais elle n’est jamais sur le mode plaintif. Les difficultés d’une vie modeste, « c’est la vie ! », dit-elle.

Comment portez-vous ce texte sur la scène ?

J.-L. B. : J’ai conservé l’interview in extenso, l’adaptant seulement aux dimensions d’un monologue en supprimant les questions du journaliste. Mais je ne l’ai pas réécrit. Ce texte n’est absolument pas littéraire, mais ce n’est pas pour autant une invitation à imiter la réalité. D’ailleurs, cela n’a aucun intérêt au théâtre. Il s’agit que le théâtre fasse entendre un univers abstrait, un espace mental dans lequel le spectateur peut pénétrer. Je l’ai couplé avec une autre interview, diffusée dans la même émission : celle d’une infirmière de nuit dans un hôpital psychiatrique. J’ai repéré des ponts entre ces deux femmes, et surtout des oppositions formidables.

Lesquelles ?

J.-L. B. : Les deux entretiens ont lieu l’été ; il fait chaud. Mais l’un a lieu en plein air, sous le ciel bleu, l’autre dans un lieu clos, un couloir de Sainte-Anne. La nuit s’oppose au jour, la solitude de la garde-barrière à l’univers surpeuplé de l’infirmière, puisque les fous sont de plus en plus nombreux ! L’une n’a aucun contact humain ; l’autre n’est que contact humain ! L’infirmière a la charge que la nuit des malades se passe bien, qu’ils dorment. On devine que cette femme extrêmement dévouée, cette sainte qui passe ses nuits à bercer les malades, est aussi très angoissée. En apparence, le propos n’est absolument pas politique : ces femmes ne sont pas des militantes. Et pourtant, leurs témoignages nous renvoient à une société extrêmement injuste, qui ne regarde pas ce qui se passe à ras du social. Pourtant, ces femmes ne sont jamais dans la plainte : elles bossent, elles adorent leur métier. Tous ceux qu’elles évoquent sont des gens d’en bas : les malades, ceux que la garde-barrière sauvent tous les jours en les récupérant sur les voies, ces femmes elles-mêmes, qui ont des métiers de peu et qui accomplissent pourtant une tâche immense.

Propos recueillis par Catherine Robert

A propos de l'événement

Garde-barrière et garde-fous
du Mardi 8 mars 2016 au Samedi 26 mars 2016
La Cartoucherie
75012 Paris, France

Du mardi au samedi à 21h ; dimanche à 17h. Tél. : 01 43 74 99 61.


 


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