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Théâtre - Entretien

Les Affaires sont les affaires

Les Affaires sont les affaires - Critique sortie Théâtre Lyon Les Célestins – Théâtre de Lyon
Claudia Stavisky Crédit : Hector Paliste

Les Célestins – Théâtre de Lyon / d’Octave Mirbeau / mes Claudia Stavisky

Après sa très belle création d’En roue libre*, de la jeune Penelope Skinner, la directrice du Théâtre des Célestins investit le répertoire français du début du XXème siècle. Claudia Stavisky met en scène Les Affaires sont les affaires d’Octave Mirbeau, avec la volonté de continuer à scruter « le rapport inflexible, discordant, entre l’intime et le politique ».

La tension entre l’intime et le politique est l’une des lignes d’exploration de tous vos spectacles. Mettre en scène, aujourd’hui, Les Affaires sont les affaires, est-ce pour vous une façon de poursuivre cette recherche ?

Claudia Stavisky : C’est la voie que je poursuis depuis que je fais du théâtre. Ce qui revient à éclairer la divergence entre l’être humain et le monde, entre l’individu et la mécanique implacable des mouvements qui le dépassent. Ce rapport inflexible, discordant, entre l’intime et le politique – comme dans la tragédie grecque – est, sans doute, l’une des choses qui m’intéresse le plus. Les Affaires sont les affaires est une pièce profondément en rapport avec les mythes archaïques qui ont fondé le théâtre occidental.

C’est aussi une pièce qui, bien qu’écrite il y a plus d’un siècle, éclaire de façon saisissante certains des mouvements à l’œuvre dans la société d’aujourd’hui…

C. S. : En effet. Qu’il s’agisse du langage ou des situations développées, je suis frappée par la permanence quasi intemporelle des modèles sociaux et politiques qui s’expriment dans Les Affaires sont les affaires. Finalement, ce qui me touche le plus dans cette pièce, c’est l’idée que le progrès ne change rien, fondamentalement, à l’asservissement de l’immense majorité des individus. Ce sont seulement les instruments du pouvoir qui évoluent. L’aristocratie a été remplacée par les nouveaux maîtres de la bourgeoisie et de la finance.

 « Ce qui me touche le plus dans cette pièce, c’est l’idée que le progrès ne change rien, fondamentalement, à l’asservissement de l’immense majorité des individus. »

 Dans Les Affaires sont les affaires, quel rapport s’établit entre le tragique et le comique ?

C. S. : Ces deux dimensions sont intimement liées. Car le rire provoque autant de catharsis que les larmes. Mais je tiens à préciser que cette pièce commence comme une comédie moliéresque, et non comme une farce boulevardière. Au fil des trois actes, la tension qui se fait jour entre les personnages nous transporte vers une tragédie grecque. C’est cette évolution-là que je souhaite explorer. En éclairant toute la complexité du trajet qui mène du rire à l’effroi.

François Marthouret, qui interprète le rôle principal de l’affairiste Isidore Lechat, est ici dans un contre-emploi…      

C. S. : C’est précisément la chose qui m’a intéressée. Pour ce rôle, j’avais envie d’un comédien organique, qui possède une grande capacité à inventer au présent. C’est ce que je cherche toujours chez les acteurs : ce rapport à l’instant qui permet de raconter une histoire en éclairant chaque situation comme l’un des anneaux essentiels d’une même chaîne. Ce qui permet finalement de se rendre compte qu’une histoire semblant tout d’abord strictement intime, ou épique, peut en fait se révéler politique et mythique.

Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat

A propos de l'événement

Les Affaires sont les affaires
du Mardi 1 mars 2016 au Samedi 7 mai 2016
Les Célestins – Théâtre de Lyon
Place des Célestins, 69002 Lyon, France

Du 1er au 26 mars et du 3 au 7 mai 2016. Du mardi au samedi à 20h, les dimanches à 16h. Relâche les lundis et le dimanche 6 mars. Tél. : 04 72 77 40 00. www.celestins-lyon.org


Egalement du 30 mars au 1er avril 2016 à La Coursive à La Rochelle, du 5 au 9 avril au Théâtre du Gymnase à Marseille, du 10 au 13 mai au Théâtre de Namur, les 19 et 20 mai au Théâtre de Privas, du 25 au 28 mai à la Comédie de Picardie.


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