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VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT

VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT - Critique sortie Théâtre

Publié le 10 octobre 2010

NICOLAS MASSADAU ADAPTE LA SAISISSANTE ET FOISONNANTE EPOPEE DE BARDAMU ET JEAN-FRANÇOIS BALMER S’EMPARE DE LA LANGUE INVENTIVE DE L’ICONOCLASTE CELINE, SOUS LA HOULETTE DE FRANÇOISE PETIT.

Odyssée de la révolte et du dégoût, cauchemar visionnaire charriant les miasmes de la guerre insensée, du colonialisme obscène et du capitalisme assassin, Voyage au bout de la nuit est un monument dont l’adaptation scénique apparaît comme une gageure aussi excitante que risquée. La luxuriance de son invention verbale appelle en effet la scène comme son aboutissement, mais la complexité et la densité de sa trame narrative suppose une ascèse précise pour en adapter les effets et les subtilités. Nicolas Massadau évoque l’audace de cette gageure : « Aussi difficile que magnifique, cette entreprise de théâtralisation romanesque a été guidée par une volonté : restituer l’intégralité de l’œuvre dans la trame épique, picaresque qui est la sienne, et travailler avec amour dans la dentelle pour ne rien perdre du souffle – de cet à bout de souffle – qui l’a inspirée. Avec ce livre « neuf », Céline a bouleversé le monde des lettres. Après la parution du Voyage, certains le fuient, d’autres le portent aux nues. Là où quelques-uns voient le scandale et l’abjection, les plus admiratifs sont transportés par l’infinie tendresse des mots. Le roman enchanta ceux qui virent en Céline un précurseur, un provocateur, un génie, un fou, et révolta ceux qui pointaient les fautes « volontaires » de syntaxe, le ton nouveau de Bardamu, les « trois points » si célèbres. Avec ce livre « neuf », Céline s’attaque violemment à la société qu’il refuse, devient le symbole de toute une génération que le mal de vivre terrasse, et qui peut dire enfin sa haine d’une société attachée aux valeurs hypocrites et bourgeoises. »
Nécessité théâtrale
 
Invité à offrir ce chef-d’œuvre à la scène par Jean-François Balmer, qui s’en fait l’interprète, Nicolas Massadau a su tout conserver de la complexité du récit sans en affadir la puissance. « Céline n’est pas un témoin. Il est le nihiliste de son temps. Il se comprend dans son temps et en ce sens il l’excède. Et c’est à partir de ce constat malheureux duquel il ne s’exempte pas, que va surgir, comme un impératif de subsistance, la « comédie humaine ». Celle-ci ne s’analyse pas au sens balzacien du terme. Ces préoccupations ne s’assimilent pas à celles, « ethnologiques », de Balzac. Pour l’auteur du Voyage, il faut montrer que l’homme, pressé de toutes parts, cherche constamment à prendre la mesure de lui-même, ce qu’il ne parvient pas à faire. D’où il résulte une impérieuse nécessité de théâtraliser l’existence. C’est par le mensonge que va s’opérer cette fuite. La fuite du réel est une fuite de la misère. Voilà peut-être l’équation du Voyage au bout de la nuit. »

Catherine Robert


Voyage au bout de la nuit, de Louis-Ferdinand Céline, adaptation de Nicolas Massadau ; mise en scène
de Françoise Petit ; avec Jean-François Balmer.
Du 1er au 6 avril 2011.

A propos de l'événement


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