La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -283-Festival Odyssées en Yvelines

Un flocon dans ma gorge de Constance Larrieu , road-trip dans le Grand Nord

Un flocon dans ma gorge de Constance Larrieu , road-trip dans le Grand Nord - Critique sortie Théâtre Sartrouville
Constance Larrieu © Pierre-Emmanuel Peotta

Texte et mes Constance Larrieu / à partir de 6 ans
Entretien Constance Larrieu

Publié le 16 décembre 2019 - N° 283

Comédienne, metteuse en scène et musicienne, Constance Larrieu crée son premier spectacle jeune public. Un voyage dans le grand Nord qui questionne la voix, l’identité et la culture inuit à travers les chants de gorge.

Qui est Marie-Pascale Dubé, qui a inspiré votre spectacle, et comment avez-vous découvert son histoire liée aux chants de gorge inuit ?

Constance Larrieu : J’ai découvert Marie-Pascale Dubé parce que je voulais concevoir un projet sur la voix, ayant moi-même une formation musicale, avec un parcours théâtral et musical. Je faisais des recherches sur Internet pour trouver une comédienne-chanteuse qui n’ait pas une voix typique que les enfants pourraient déjà avoir entendue, surtout les enfants français. J’ai découvert des vidéos où elle chantait avec la gorge, et j’ai trouvé incroyables les sons qu’elle produisait. Nous nous sommes rencontrées, nous avons beaucoup parlé, elle m’a raconté son histoire, et j’ai pensé : « Le sujet de cette pièce doit partir d’elle » !

Quelle est son histoire ?

C.L. : Quand elle était petite, cette Québécoise émettait des sons très graves et très étranges avec sa gorge, sans savoir de quoi il s’agissait. Un jour, ses parents lui ont fait écouter un disque de chants de gorge inuit, et elle s’est reconnue dans cette musique autochtone. À partir de là, elle a fait des recherches, puis, à l’âge adulte, elle est partie dans le grand Nord pour rencontrer une chanteuse de gorge et la culture inuit. À travers mon projet qui retrace son histoire, se dessine aussi l’histoire de la colonisation au Québec et de la communauté autochtone qui a été niée pendant des années. Fort heureusement, aujourd’hui, on redécouvre cette culture.

« Les chants de gorge sont à la fois le sujet et l’objet du spectacle. »

Comment avez-vous conçu l’écriture du texte et votre spectacle ? Dans la mesure où votre spectacle est une commande d’Odyssées-en-Yvelines, aviez-vous des contraintes ?

C.L. : Non, Sylvain Maurice m’a donné carte blanche pour concevoir un projet destiné à un public d’enfants de 6-8 ans à partir de mon envie d’un spectacle de théâtre et de musique. La seule contrainte est la durée : 45 minutes. J’ai écrit en collaboration avec Marie-Pascal Dubé à partir d’échanges sur son histoire que j’ai refictionnalisée en raison de la question d’appropriation culturelle. Je ne suis absolument pas Inuit, je ne veux pas m’approprier cette culture qui ne m’appartient pas – même si tout artiste s’approprie toujours un sujet qui ne lui appartient pas au départ. J’ai lu beaucoup de contes inuit, visionné de nombreux documentaires, et à partir de cette matière, j’ai écrit le texte et inventé des péripéties pour que le spectacle ressemble à une sorte de road-trip dans le grand Nord. Pendant les répétitions, je fais aussi beaucoup de modifications en fonction de ce qui se chante et de la musique composée par David Bichindariz. C’est vraiment une écriture collaborative.

Comment les sons de gorge s’articulent-ils avec la musique de David Bichindariz ?

C.L. : Les chants de gorge sont à la fois le sujet et l’objet du spectacle qui parle de la voix, de la découverte de l’identité à travers la voix. Pour que cette histoire puisse parler aussi à des enfants français, il y a ces sons de gorge, à quoi s’ajoute la musique de David Bichindariz, qui relève du road-trip avec une influence américaine, country, électro. Le texte et la musique dialoguent tout le temps, que ce soit en bande-son ou en musique live. L’idée est que les enfants soient immergés dans cet univers sonore puisqu’il n’y a pas de lumière et quasiment pas de scénographie. La forme est légère mais les paysages se déploient à travers les sons et la voix.

Vous qui avez mis en scène plusieurs opéras, que représente la voix pour vous ?

C.L. : Dans ma démarche, même en tant que comédienne, j’ai un rapport à la voix très présent. Je cherche toujours à musicaliser le texte, à le travailler de manière rythmique, j’appréhende les textes comme une partition. Je suis très attentive au texte, à ce qui est dit, et je mêle beaucoup la théâtralité et la musicalité. La voix parlée est pour moi tout aussi importante que la voix chantée et je considère les acteurs comme des chanteurs et les chanteurs comme des acteurs.

Comment avez-vous choisi le titre du spectacle : Un flocon dans ma gorge ?

C.L. : Je voulais que le titre fasse référence au chant de gorge et à quelque chose de coincé, une identité qui n’est pas encore révélée, qui faisait que Marie-Pascale Dubé se trouvait différente quand elle était petite et parlait de cette difficulté à s’accepter soi-même. Le titre comprend donc cette relation avec le chant de gorge tout en évoquant le froid, la neige, ces paysages magnifiques du grand Nord.

 

Entretien réalisé par Isabelle Stibbe

A propos de l'événement

Un flocon dans ma gorge de Constance Larrieu , road-trip dans le Grand Nord


Au Théâtre de Sartrouville les 25, 29 et 31 janvier 2020. Dans les Yvelines du 13 janvier au 14 mars 2020. Durée : 45 minutes.


 


 


Théâtre de Sartrouville et des Yvelines, Centre dramatique national,


Place Jacques Brel, 78500 Sartrouville.


Festival Odyssées en Yvelines,


du 13 janvier au 14 mars 2020.


Tél : 01 30 86 77 79.


www.theatre-sartrouville.com


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