La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -283-Festival Odyssées en Yvelines

Frissons, à l’écoute des voix intérieures de la peur. Rencontre avec Magali Mougel et Johanny Bert

Frissons, à l’écoute des voix intérieures de la peur. Rencontre avec Magali Mougel et Johanny Bert - Critique sortie Théâtre Sartrouville
DR

De Magali Mougel / mes Johanny Bert / à partir de 4 ans

Publié le 16 décembre 2019 - N° 283

Au sein d’un espace tri-frontal, les danseurs Yan Raballand et Adrien Spone interrogent les peurs d’un petit garçon dont les parents décident d’adopter un enfant de son âge. C’est Frissons, une expérience épique et sensorielle, pour tous publics à partir de 4 ans, imaginée par l’autrice Magali Mougel et le metteur en scène Johanny Bert.

Après Elle pas Princesse, Lui pas héros, Frissons est le deuxième spectacle que vous concevez ensemble. Sur quoi se fonde votre complicité artistique ?

Johanny Bert : Il y a tout d’abord l’intérêt que je porte à l’écriture de Magali. C’est une écriture qui déploie une langue à la fois très concrète, accessible à tous types de publics, et très travaillée, une écriture qui met en jeu des recherches extrêmement profondes sur les sujets qu’elle investit. Et puis, j’aime beaucoup la manière dont Magali et moi dialoguons ensemble. Il y a une forme de confiance entre nous qui nous permet de nous lancer dans des aventures nouvelles : comme Frissons, par exemple, qui mêle danse et théâtre. Magali est à l’écoute des équipes pour lesquelles elle s’engage, sans pour cela jamais renier quoi que ce soit de son univers d’autrice.

Magali Mougel : Il est vrai que Johanny et moi recherchons à peu près la même chose dans les expériences que nous souhaitons faire vivre aux spectateurs. Nous sommes tous les deux guidés par une réflexion éthique liée à la création scénique et à l’écriture. Par ailleurs, ce qui me plaît également beaucoup chez Johanny, c’est que non seulement il sait pourquoi il commande un texte à un auteur, mais il manifeste, en plus, un véritable plaisir à accompagner cette écriture en train de naître.

« Créer un spectacle accessible à d’aussi jeunes spectateurs est une grande responsabilité. » Johanny Bert

Quelles contraintes et quelles opportunités le fait de travailler pour de jeunes spectateurs à partir de 4 ans implique-t-il ?

M.M. : Quand le Théâtre de Sartrouville m’a fait cette proposition, j’ai tout d’abord été un peu effrayée. Car lorsqu’on écrit pour le théâtre, même quand on s’adresse aux jeunes publics, on écrit a priori pour des spectateurs qui savent eux-mêmes lire et écrire. Mais ce défi m’a paru intéressant, notamment parce qu’il me donnait l’occasion de prouver que l’on peut concevoir pour de très jeunes spectateurs un texte tout aussi exigeant que les textes que l’on imagine pour les autres publics : c’est-à-dire un texte qui s’appuie sur une histoire à part entière, avec une langue et des intentions dramaturgiques extrêmement solides.

J.B. : Magali et moi avons pensé Frissons à l’endroit du lien adultes/enfants. Nous avons travaillé ensemble autour de l’idée que l’enfant allait de toute façon venir voir le spectacle avec un adulte, que ce soit un membre de sa famille ou un enseignant. Nous nous adressons donc plutôt à un public familial qu’aux seuls enfants à partir de 4 ans. Pour autant, créer un spectacle accessible à d’aussi jeunes spectateurs est une grande responsabilité. Car ce que l’on va donner à voir et à entendre à ces enfants plantera peut-être des petites graines de pensée en eux. Il nous incombe de les initier au plaisir de l’art, au plaisir de découvrir des choses et des sensations qu’ils ne connaissent pas encore, au plaisir de se poser ne serait-ce qu’une seule question à partir du spectacle auquel ils auront assisté…

« La modification de la cellule familiale est sans doute la chose la plus effrayante qui puisse frapper un enfant de 4 ans. » Magali Mougel

De quoi traite Frissons ?

M.M. : Avant même que je me mette à écrire, Johanny et moi avions pour projet de concevoir un spectacle pour deux danseurs, un spectacle qui fasse entendre les pensées intérieures des personnages. Ce point de départ étant donné, j’avais très envie de questionner le thème de la peur. Et je me suis dit qu’au-delà de la peur du loup, la peur du noir, la peur des fantômes sous le lit, la modification de la cellule familiale, avec l’arrivée d’un nouvel enfant, est sans doute la chose la plus effrayante qui puisse frapper un enfant de 4 ans. D’autant plus lorsque le nouveau venu est un enfant adopté.

Magali Mougel © D. R.

Sur quelles lignes s’est fondé votre travail de mise en scène ?

J.B. : J’ai imaginé un espace tri-frontal au sein duquel évoluent des danseurs équipés d’un dispositif sonore. C’est ce dispositif qui permet d’entendre les voix intérieures des personnages, qui sont des voix enregistrées, comme si elles étaient collées aux danseurs et à leurs mouvements. Frissons a été élaboré pour pouvoir être joué, en itinérance, dans des salles qui ne sont pas des théâtres. La scénographie est une forme d’installation plastique pouvant accueillir, dans toutes sortes de lieux, des danseurs qui dialoguent entre eux à la fois par le corps et par la pensée. Ceci, sans que la danse illustre ce que disent les mots, sans que les mots commentent ce qu’exprime la danse.

 

Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat

A propos de l'événement

Frissons, à l’écoute des voix intérieures de la peur. Rencontre avec Magali Mougel et Johanny Bert


Au Théâtre de Sartrouville les 25 et 29 janvier 2020. Dans les Yvelines du 13 janvier au 14 mars 2020. Durée : 45 minutes.


 


Théâtre de Sartrouville et des Yvelines, Centre dramatique national,


Place Jacques Brel, 78500 Sartrouville.


Festival Odyssées en Yvelines,


du 13 janvier au 14 mars 2020.


Tél : 01 30 86 77 79.


www.theatre-sartrouville.com


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