La Terrasse

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Stuart Seide

Stuart Seide - Critique sortie Théâtre

Publié le 10 octobre 2007

le cœur et l’intelligence à l’ouvrage

Stuart Seide entame son quatrième mandat à la tête du Théâtre du Nord et de la toute jeune Ecole Professionnelle Supérieure d’Art Dramatique. Retour sur une décennie de travail, d’engagement et de succès !

Comment l’EPSAD est-elle née ?

Stuart Seide : Mon expérience de pédagogue a contribué à ma nomination à Lille car il s’agissait de se pencher sur le problème de la carence en formation dans la région. Mais je suis arrivé sans idée préconçue et c’est en observant, en parlant que j’ai vite compris, dès le printemps 99, qu’il fallait créer à Lille une école étroitement liée au Théâtre du Nord. Je me souviens de Vitez disant, lors de l’aventure de Chaillot dont je faisais partie, que tout grand théâtre doit avoir son école et toute école son théâtre. Dans le reste du monde, les écoles sont liées à des théâtres, mais en France la chose demeure étonnamment rare. Nommé à Lille, je ne pouvais plus enseigner à Paris, au Conservatoire : il était impossible d’être aussi intensément présent à deux endroits. Mais après plusieurs années de pédagogie, il m’était impossible de vivre sans enseigner. Je crois d’ailleurs que je reste valable comme metteur en scène grâce à ça ! Mes projets eux-mêmes sont portés par ces années d’exercices : une école est un formidable laboratoire de création.

Votre présence à Lille est unanimement louée. Quelles sont les recettes de votre succès ?

S. S. : Il s’agit de ne pas perdre de vue les raisons qui font qu’un artiste décide de diriger une maison. Il ne s’agit pas seulement pour lui de monter ses projets mais d’entretenir un rapport constant avec une population. Pour cela, il faut se donner, être présent, travailler beaucoup et savoir s’entourer de gens qui travaillent beaucoup, tâcher de faire cohabiter un théâtre d’art, un théâtre public et un théâtre ouvert sur la cité, un théâtre où les auteurs, les poètes et les acteurs ont quelque chose à dire. Je crois que le théâtre peut être exigeant et accessible : nous n’avons pas à choisir, l’intelligence n’exclut pas l’intuition et la réjouissance. On a établi un contrat de confiance avec le public, désormais prêt à nous suivre sur des terrains inhabituels et aventureux. Le public de la région est curieux, avide de culture : il a une vraie finesse dans l’écoute et une grande ouverture d’esprit. Il ne faut pas décevoir ces aspirations !

« L’intelligence n’exclut pas l’intuition et la réjouissance. »

Vous accordez une grande importance à l’accueil de pièces en langues étrangères. Pourquoi ?

S. S. : Moi qui viens d’ailleurs, de New York, je trouve que voir comment on pratique le théâtre ailleurs constitue une ouverture formidable sur l’autre. Voir comment se comportent sur scène les acteurs anglais, russes, polonais, comment bougent leurs corps, se placent leurs voix, entendre une autre langue, c’est s’ouvrir sur le monde. Sans justifier un éclectisme à tout prix, je suis fasciné par les usages multiples du théâtre.

Quelles sont les principes qui dictent vos choix de programmation ?

S. S. : En arrivant avec Yannic Mancel, nous avons fixé une ligne de conduite axée sur quatre éléments : monter les créations du directeur, accueillir des spectacles de référence faits par des équipes que nous jugeons importantes dans le paysage théâtral français, montrer les spectacles de ceux qui méritent d’être repérés et constituent la relève de la création, et enfin contribuer à la création des compagnies du Nord-Pas-de-Calais. Et cinquième pilier de ce cahier des charges : les spectacles en langues étrangères. Le premier mandat a consisté à remettre cette maison en ordre, le deuxième a été occupé par la réfection de l’Idéal, à Tourcoing, et par la mise en place de l’école, le troisième, dédié à l’installation des artistes associés. Nous attaquons aujourd’hui ce quatrième mandat avec le désir de vraiment unir le théâtre et l’école ! En fait, nous sommes presque prêts à commencer !

Propos recueillis par Catherine Robert


Dommage qu’elle soit une putain, de John Ford ; mise en scène de Stuart Seide. Du 20 au 25 octobre 2007. Alice et cetera, de Dario Fo et Franca Rame, mise en scène de Stuart Seide, du 29 mai au 8 juin 2008.

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