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Jean-Marc Phillips-Varjabédian et Michaël Levinas

Jean-Marc Phillips-Varjabédian et Michaël Levinas - Critique sortie Classique / Opéra
Crédit: pour M. Levinas : Guy Vivien, pour J.M. Philipps Varjabédian : Gérard Blaser

Publié le 10 mars 2008

La science et l’instinct

L’alliance est aussi surprenante qu’excitante. D’un côté, le violoniste Jean-Marc Phillips-Varjabédian, membre du Trio Wanderer, dont la maîtrise technique s’allie parfaitement à un jeu instinctif. De l’autre côté, le pianiste Michaël Levinas, auteur d’une remarquable intégrale des Sonates de Beethoven (Accord), qui conjugue à ses talents d’instrumentiste ceux de compositeur. Les deux musiciens se retrouvent pour interpréter les Sonates pour violon et piano de Beethoven.

Comment vous êtes-vous rencontrés ?
 
Jean-Marc Phillips-Varjabédian : Le fils de Michaël s’était inscrit à un stage que j’organise chaque année dans la vallée de la Maurienne. Avec Michaël, on se connaissait juste de nom. Il était venu accompagner son fils, je lui ai donc proposé de jouer en concert. Nous avons ensuite participé à une émission de radio où nous jouions déjà des sonates de Beethoven. Ce qui m’a intéressé en travaillant avec lui, c’est qu’il a beaucoup à dire au niveau de l’analyse. Je trouvais ces sonates belles mais complexes, et après les explications de Michaël, ce qui était obscur est devenu évident.
 
Quelles sont les caractéristiques du corpus des sonates pour violon et piano de Beethoven ?
 
Michaël Levinas : Il n’y a pas, dans les sonates pour violon et piano, d’indices montrant que l’œuvre présente une volonté d’unité – ce qui est par contre caractéristique des sonates pour piano. Le langage de ces sonates pour violon se distingue par sa manière d’opérer des bifurcations, un peu à la manière de Haydn. Il y a une forme d’insolence inventive à travers ces surprises, ces retournements, ces révélations.
 
« Le langage des Sonates pour violon et piano se distingue par sa manière d’opérer des bifurcations, un peu à la manière de Haydn. » Michaël Levinas
 
Quels sont les rapports entre les deux instruments ?
 
J.M.P. : Chez Mozart, les sonates sont pour piano avec accompagnement de violon. Puis le violon a pris un essor de plus en plus grand. Dans les sonates de Beethoven, les rôles sont répartis équitablement. Il suffit pour le comprendre d’écouter le début de la sonate Le Printemps, où le thème est successivement exposé au violon puis au piano.
« Ayant déjà joué sur violon en boyaux, j’ai compris beaucoup de notions d’articulation et de phénomènes de résonance. » Jean-Marc Phillips-Varjabédian
 
M.L. : La force de l’écriture beethovénienne, c’est que l’accompagnement est en même temps une mélodie accompagnée. Toute la difficulté est donc dans l’interprétation. Car, si nous n’avons pas la même densité de legato et d’articulation entre les deux instruments, il y a un disfonctionnement chambriste.
 
Pourquoi ne pas donner ces sonates sur instruments anciens ?
 
J.M.P. : Peut-être un jour. Mais je ne me suis mis aux instruments anciens que très récemment. Il faut une plus grande expérience. Cependant, en ayant joué sur violon en boyaux, j’ai compris beaucoup de notions d’articulation et de phénomènes de résonance. Une fois qu’on a senti cela, on peut le recréer sur instruments modernes.
M.L. : J’ai joué sur instruments baroques, mais pas en concert, et j’ai écrit pour un ensemble historique. Je suis particulièrement intéressé par les battements du pianoforte, que le piano moderne a perdu. Ma technique pianistique le prend en compte.
 
Comment décririez-vous votre partenaire ?
 
J.M.P. : Ce qui me plait chez Michaël, c’est son approche ouverte. Il n’a pas une vérité à m’assener. Il y a toujours chez lui une volonté de recherche. C’est parfois angoissant, car on se dit qu’on n’a jamais fini.
M.P. : J’ai toujours eu du mal à accompagner l’école française de violon. Jean-Marc a été le premier qui m’a montré qu’il n’avait pas de limite instrumentale et expressive. Avec son violon, le piano trouve naturellement sa place.
 
Michaël Levinas, vous êtes aussi compositeur. Quelle est votre dette envers Beethoven ?
 
M.L. : J’ai un lien presque utérin avec Beethoven. C’est le premier compositeur que j’ai entendu durant la petite enfance. Ma pratique compositionnelle a été marquée par ma perception de son œuvre, que je vois comme un processus d’explosion.
 
Propos recueillis par A.Pecqueur


Le 15 mars à 16h (1ère, 3ème), le 23 mars à 14h (5ème, 2ème), le 29 mars à 16h (10ème, 4ème), le 6 avril à 14h (7ème, 6ème), le 12 avril à 16h (9ème, 8ème) au musée d’Orsay. Entrée libre.

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