La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -149-Amandiers

Jean-Louis Martinelli : Une « fabrique de théâtre » plutôt qu’un « espace de vitrines »

Jean-Louis Martinelli : Une « fabrique de théâtre » plutôt qu’un « espace
de vitrines » - Critique sortie Théâtre

Publié le 10 juin 2007

Soucieux de ne pas laisser la diffusion prendre le pas sur la fabrication, le
directeur du Théâtre Nanterre-Amandiers élabore sa programmation en veillant à
esquiver la notion d’événementiel et réaffirme sa vision de l’art dramatique
comme mise en perspective de notre mémoire et de notre identité.


Sur quels critères ou quelles envies fondez-vous, chaque année, votre
programmation ?

Jean-Louis Martinelli : Sur une série de rencontres avec des artistes
dont le travail me touche et me paraît important. Avant tout, je crois que
j’essaie de donner la priorité aux équipes qui produisent et qui construisent.
Pour moi, le Théâtre des Amandiers doit rester une fabrique de théâtre, un lieu
au sein duquel les projets théâtraux naissent et se bâtissent de A à Z. Cela
avec la volonté farouche de donner le temps aux ?uvres, de leur permettre
d’exister dans la durée et ainsi de s’inscrire dans le tissu social, d’être vues
par le plus grand nombre de spectateurs possible.

Ce qui revient à travailler contre la notion d’événementiel’

J.-L. M. : Faire vivre un théâtre durant une année, ce n?est pas se
contenter de mettre en place un espace de vitrines. C’est organiser un voyage
dans l’art dramatique et embrasser l’ensemble du paysage théâtral à travers un
réseau d’affinités électives s’enracinant dans l’idée de transmission, de
partage, de fraternité artistique. Ma responsabilité de direction artistique
m’engage à une ouverture sur l’autre, qui passe par une fidélité à des parcours,
des artistes, des ?uvres. Pour moi, la fonction essentielle du théâtre est de
mettre en perspective à la fois notre mémoire et notre identité.

« Ma responsabilité de direction artistique m’engage à une
ouverture sur l’autre. »

Qu?est-ce qui fonde votre attachement à Lars Norén et Jacques Jouet ?

J.-L. M. : J’aime les textes dramatiques qui questionnent autant le
théâtre que le monde. Chez Lars Norén, ce qui me touche, c’est que son théâtre
lie en permanence l’intime et le politique. A partir d’un réalisme décalé,
onirique, Norén fait dériver le quotidien en le recomposant sur le plateau. Son
écriture transcende le constat, dépasse la misère du monde pour accéder à une
forme d’ironie. Mitterrand et Sankara rejoint un autre axe de travail :
continuer à parler d’une partie de l’histoire de France qui nous relie à
l’Afrique. La représentation comportera deux parties. L’une, réelle, reprend des
discours prononcés par Sankara et Mitterrand. L’autre, fictive, écrite par
Jacques Jouet, revient sur le face-à-face aigre-doux des deux présidents. Ce
manifeste ludique, en nous projetant en arrière, nous fait prendre conscience
qu’en vingt-cinq ans, la situation de l’Afrique n?a fait qu’empirer?

Propos recueillis par Manuel Piolat Soleymat

Détails, de Lars Norén. Du 11 janvier au 17 février 2008 à 20h30 ; le
dimanche à 15h30. Mitterrand et Sankara, de Jacques Jouet. Du 18 janvier
au 22 février 2008 à 21h ; le dimanche à 16h.

A propos de l'événement


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