La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -151-tours

Gilles Bouillon

Gilles Bouillon - Critique sortie Théâtre
Crédit photo portrait Gilles Bouillon : Nathalie Holt

Publié le 10 octobre 2007

Une leçon de ténèbres

Gilles Bouillon, qui a confié à André Markowicz le soin de retraduire le charme et la violence des voix de cette nuit étouffante, met en scène Othello qu’il veut la tragédie de Iago.

Pourquoi Othello ?

Gilles Bouillon : Pour sa noirceur ! Moins celle de la peau d’Othello que celle de Iago, personnage fondamental, autant par la longueur de son texte que par sa fonction dramatique. Il y a deux grands scélérats chez Shakespeare, Iago et Richard III. Or le scélérat est un personnage populaire : rien de plus ennuyeux que la bonté ! Iago est un monstre et une bête de théâtre ! Le dramaturge, le démiurge de l’affaire, c’est lui. Il improvise en permanence, part de rien, d’une phrase, d’un mouchoir, d’un verre de vin, d’un silence. Ce catalyseur scénique est un parfait entremetteur entre le public et la scène : il guide autant son regard que celui d’Othello.

« Iago est un monstre et une bête de théâtre ! »

Qui est Iago ?

G. B. : Un pur méchant, capable de la pire vulgarité, trivial et grossier. En même temps, il fait l’unanimité, sa drôlerie et son bon sens emballent tout le monde. Il est surtout quelqu’un qui sait user des mots à bon escient pour faire voir ce qui n’existe pas. Le réel se nourrit de mots. Desdémone le dit d’ailleurs quand elle avoue que ce sont les paroles d’Othello qui l’ont séduite. Mais les mots peuvent aussi tuer : ce thème au cœur de la pièce est aussi au cœur de nos vies. Si la fascination pour le génie du mal et de la destruction est si grande en nous tous, c’est aussi parce que nous connaissons cette ambivalence qui fait que le langage est une arme terrible.

Un poison, dites-vous…

G. B. : Le poison est important chez Shakespeare. Comme dans Hamlet où on tue par l’oreille, le fiel des paroles de Iago empoisonne progressivement les esprits. Othello est chrétien mais il croit à la magie, au pouvoir d’un mouchoir noir. La crédulité, l’innocence, la presque bêtise d’Othello sont tellement grandes que Iago parvient à exploiter ses qualités pour en faire un idiot, un malade et un dément.

Pourquoi avoir confié à André Markowicz le soin de retraduire la pièce ?

G. B. : Le travail avec lui a été fondamental. Son ambition est de rendre la vérité et la profondeur de la langue de Shakespeare en faisant le pari d’une compréhension immédiate. Markowicz est aussi un poète et exige le respect de l’alternance des décasyllabes et de la prose. Au troisième acte, après avoir parlé en vers depuis le début, Othello se met à parler en prose : ce n’est pas un hasard ! Markowicz ne se contente pas de traduire, il travaille aussi sur les sons, le rythme, le souffle du texte. Ce travail impose à l’acteur une exigence textuelle et lui offre une matière de langue très riche.


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