La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

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Entretien Marie-Louise Issaurat

Entretien Marie-Louise Issaurat - Critique sortie Théâtre
Légende : le duo amoureux revisité. DR

Publié le 10 septembre 2008

Le corps comprend

Marie-Louise Issaurat est Inspectrice d’Académie-Inspectrice Pédagogique Régionale de Lettres chargée du théâtre dans l’Académie de Versailles. Ecrivain (sous le pseudonyme de Claude Ber), praticienne autant que théoricienne, elle milite avec ferveur pour un développement de l’éducation artistique, forte du constat de ses réussites dans les établissements où elle en coordonne l’action.

Quelle image a-t-on de l’éducation artistique à l’école ?
Marie-Louise Issaurat : Un écart existe entre la qualité du travail dans les classes et les représentations. La nécessité de développement ne doit pas masquer les réussites exemplaires. Les données chiffrées omettent souvent les enseignements obligatoires et nombre d’actions, que le volet culturel du projet d’établissement vise précisément à développer. La réalité est beaucoup plus riche et dynamique. A ne faire que constats de carence, on risque d’avoir une vision erronée de l’implication des enseignants et des artistes partenaires, comme si rien n’avait bougé depuis des lustres, et de dévaloriser les acquis. Il faut encore progresser mais aussi garder le sens de la complexité et de la nuance pour ne pas repartir toujours d’une case départ de représentations obsolètes.
 
« L’éducation artistique ne relève pas de la pédagogie de détour mais de la pédagogie tout court ! »
 
L’éducation artistique n’est-elle pas un supplément d’âme inutile ?
M.-L. I. : Cela relève ou devrait relever de représentations dépassées ! Les textes officiels n’en sont plus là. L’opposition entre éducation artistique et fondamentaux est un faux débat. Lire et écrire est d’évidence fondamental car la langue est un savoir autant qu’un médium sollicité dans le domaine artistique comme ailleurs. Mais connaissances et compétences nécessaires à la formation harmonieuse de la personne et du citoyen sont multiples et leur acquisition se fait aussi de multiples manières, qu’il s’agit d’équilibrer et d’articuler afin que l’élève puisse transposer ses apprentissages d’une discipline à l’autre et bénéficier à la fois de ce qu’elles ont de commun et de spécifique. L’éducation artistique ne relève pas du supplément d’âme ou de la pédagogie de détour mais de l’éducation et de la pédagogie tout court !
 
Comment équilibrer théorie et pratique artistiques ?
M.-L. I. : Théorie et pratique s’éclairent mutuellement. C’est par la pratique qu’on saisit le sens du geste artistique. L’art est un faire. C’est un engagement du corps et le corps comprend. Les matières artistiques ont cette vertu irremplaçable de le rappeler. A s’en priver, on se priverait d’une part essentielle de la formation de l’être humain. Il ne s’agit pas de former des artistes mais de donner aux élèves accès à l’art, à des pratiques d’amateurs et de spectateurs, à la culture artistique en tant que patrimoine, mais aussi en tant que culture vivante dans le devenir de laquelle ils seront partie prenante. La culture c’est ce dont on hérite, mais aussi ce qu’on ne cesse d’inventer. En théâtre, par exemple, sont articulées pratique, théorie et école du spectateur, les trois ingrédients indispensables à une éducation artistique.
 
Propos recueillis par Catherine Robert


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