La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -160-pepiniere

Entretien Anne Benoit

Entretien Anne Benoit - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : DR

Publié le 10 septembre 2008

Jouer des contrastes

Anne Benoit et Cécile Backès se sont rencontrées à l’Ecole de Chaillot, chez Vitez. Après avoir travaillé ensemble plusieurs fois, elles se retrouvent avec un évident plaisir chez les Shitz, au cœur de cette famille grandiose et misérable.

Comment abordez-vous votre personnage ?
Anne Benoit : Je joue la femme de Shitz, la mère. C’est une mère terrible, beaucoup trop mère, et comme souvent chez Levin, davantage une fonction qu’un personnage. Ce qui est somptueux c’est que ce texte est une terre de contrastes entre la vulgarité la plus crasse et le sublime. Levin croque des petites gens ridicules et des êtres crapuleux pourtant capables de rêves et d’espoirs colossaux. L’écriture elle aussi joue de ces contrastes puisqu’on passe de la prose la plus triviale à une chose versifiée qu’il faut traiter autrement. J’adore la perspective ainsi ouverte de travailler sur la virtuosité.
 
Quelle est l’importance de la guerre dans la pièce ?
A. B. : L’histoire se situe à un moment incroyable de l’Histoire, entre deux guerres, la guerre des Six Jours et la guerre du Kippour. Si Israël a cru écrire une nouvelle page de la Bible au moment des Six Jours, la réalité des pertes du Kippour a été très violente. Cette situation est l’une des clefs de la compréhension des personnages. Dans une certaine mesure, la pièce de Levin permet de parler et de rire du conflit entre Israël et les pays arabes, permet d’en rediscuter encore aujourd’hui alors qu’il est devenu tabou de s’exprimer clairement sur ce sujet. Le plus touchant est sans doute de jouer une pièce de cet auteur qui a pris un vrai risque en écrivant sur tout cela, qui a subi polémiques et insultes…
 
« Ce sont des personnages merveilleux à investir, merveilleux à travailler. »
 
Au-delà de la situation historique, existe-t-il un caractère universel chez ces personnages ?
A. B. : Evidemment ! Et c’est cela qui est intéressant. Plus encore que du couple ou de la famille, plus que des Israéliens, Levin parle de l’humain. Ce que ses personnages montrent de l’humanité n’est certes pas brillant mais ils sont terriblement touchants. C’est nous, nos frères ! Ce qu’il y a de beau, c’est que Levin ne porte aucun jugement sur eux. Ils sont à la fois veules et courageux, à la fois mesquins et très généreux, odieux et attachants ! En cela, ce sont des personnages merveilleux à investir, merveilleux à travailler. Il est exaltant de rendre compte de leurs constantes contradictions, des contrastes permanents entre leurs psychologies et leurs réactions !
 
Entretien réalisé par Catherine Robert


Shitz, Guerre, amour et saucisson, de Hanokh Levin ; mise en scène de Cécile Backès. A partir du 26 août 2008. Du mardi au samedi à 21h00, le samedi à 16h30.
 
La Pépinière, 7, rue Louis-le-Grand – 75002 Paris. Réservations au 01 42 61 44 16.

A propos de l'événement


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