La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

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Entretien Cécile Backès

Entretien Cécile Backès - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : Véronique Jacob

Publié le 10 septembre 2008

Shitz : La grossièreté et la grâce

Vipérin, corrosif et provocateur, le théâtre d’Hanokh Levin est en même temps d’une tendresse infinie pour le genre humain. Cécile Backès tient l’équilibre de ce paradoxe dans la mise en scène de Shitz, récit des espoirs et des déboires d’une drôle de famille.

Pourquoi Shitz ?
Cécile Backès : L’œuvre d’Hanokh Levin me passionne depuis dix ans. Tout m’intéresse chez cet auteur : le langage, les situations, les personnages, le mélange des genres, l’utilisation des chansons qui ne sont pas seulement belles mais ont une fonction fondamentale dans l’écriture… J’ai choisi Shitz pour plusieurs raisons mais surtout pour ce que cette pièce raconte de ce qui se joue entre différentes générations dans une famille. Levin met le doigt sur le point de cristallisation entre les parents et les enfants : il dépeint, concentre et essaie de sublimer la difficulté de leurs rapports.
 
Qui sont les Shitz ?
C. B. : Les parents Shitz font partie de cette première génération d’Israéliens qui veulent une vie meilleure pour la génération suivante, tout en ayant beaucoup de mal à lui offrir l’héritage dont ils sont dépositaires. Il y a une ligne de tension très forte chez eux entre ce qui a été reçu et ce qui est à transmettre. Papa et maman Shitz ont une fille qu’ils ont élevée avec d’autant plus de soin qu’eux-mêmes n’ont pas eu une vie très marrante. Ils l’enjoignent de se trouver un mari. Elle trouve un type qui ressemble au premier venu et qui négocie financièrement sa participation à ce mariage qui, pour la fille, est tout sauf le plus beau jour de sa vie !
 
 « Levin dépeint non pas des crevures mais l’humanité telle qu’il la voit. »
 
Comment abordez-vous le texte ?
C. B. : En lui faisant confiance, en respectant son mélange de grossièreté et de grâce. Hanokh Levin est extrêmement tendre : il dépeint non pas des crevures mais l’humanité telle qu’il la voit. Il y a une vraie dimension métaphysique dans son œuvre et s’il plonge dans la fange, c’est en voyant en même temps poindre l’espoir à l’horizon. C’est pourquoi il faut s’emparer de ce texte en évitant la caricature. Comme tous les auteurs, Levin se travaille de l’intérieur, en cherchant quels sont les sentiments dans chaque scène. Je ne pense pas qu’il décrive un univers de cirque ou des monstres. Je ne pense pas non plus que ses personnages soient laids. Si leurs rapports, si les situations qu’ils vivent sont durs, eux ne le sont pas.
 
Quelle est la fonction des chansons qui émaillent cette pièce ?
C. B. : Lorsque les personnages chantent, dans l’espace de la solitude possible que constitue la chanson, s’expriment leur lyrisme, leurs rêves et leur beauté. Un peu comme s’ils ne pouvaient exprimer tout cela que face au public. La musique est très importante dans l’œuvre de Levin et particulièrement dans cette pièce. Je me suis adressée à Philippe Miller qui compose en délicatesse, en douceur, afin que la musique constitue le contrepoint et le révélateur de la tendresse à l’œuvre dans la pièce.
 
Entretien réalisé par Catherine Robert


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