La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -172-sete

Denis Badault

Denis Badault - Critique sortie Théâtre

Publié le 10 novembre 2009

Eloge du vertical

Compositeur et arrangeur, pianiste et chef d’orchestre, Denis Badault mène depuis plus de vingt-cinq ans des projets où le sens du collectif se conjugue à un esprit singulier. Il est depuis 2008 compagnon de la Scène Nationale de Sète et du Bassin de Thau.

Qu’est-ce que la poésie verticale ?
Denis Badault : Il s’agit de l’œuvre d’un poète argentin : Roberto Juarroz, né en 1925 et mort en 1995, qui ne mettait pas de titres à ces poèmes ni à ses recueils. Tous portent seulement des numéros, et cette succession de chiffres peut donner une impression de verticalité. De plus, dans ses phrases, il y a une attirance pour la verticalité. Par exemple : « Des mots tombent des nuages. » Cela dit, on peut être ému par les mots sans nécessité d’explications. Même si j’aime bien l’idée que plus on en sait sur une œuvre, plus on s’éclate !
 
Comment insérez-vous la musique dans cette verticalité ?
D. B. : Il s’agit au départ d’une commande pour un chœur et un ensemble de saxophones. J’ai donc cherché de beaux textes, et j’ai découvert Juarroz. Le coup de foudre ! Pour le son et le rythme, mais aussi le sens de ces mots. Le lien avec la musique, qui est tout autant verticale qu’horizontale, existe naturellement. Je suis autant compositeur qu’improvisateur. Et j’ai besoin des deux car chacun apporte des émotions spécifiques. De plus, avec un chœur de quarante voix et un ensemble de dix saxophones, on ne peut pas improviser pendant cinquante minutes. Mais il y aura bien sûr des espaces pour l’improvisation, en particulier au piano.
 
« Un compagnonnage sur quatre saisons offre la durée pour pouvoir créer et toucher un public. »
 
Vous êtes encore dans l’entre-deux, un terme que vous affectionnez. Un espace de création ?
D. B. : Si les musiciens de jazz ne jouent pas avec ceux du classique ou d’ailleurs, si les publics ne se croisent pas, on stagne. C’est dans ces frottements, cet entre-deux, cet entre-tous, que les musiciens se nourrissent. Comment innover si l’on reste dans des cases délimitées ? J’ai le sentiment que les artistes et le public s’ouvrent de plus en plus, même si les stéréotypes n’ont jamais été aussi présents, en particulier dans les médias. Ce qui m’importe, c’est ce qui fait sens, à travers une palette d’émotions la plus large possible.
 
Que vous offre le compagnonnage avec la Scène Nationale de Sète ?
D. B. : Le but n’est pas la rentabilité, mais l’exigence artistique et la rencontre. Un compagnonnage sur quatre saisons offre la durée pour pouvoir créer et toucher un public. De plus, dans le cadre de ce compagnonnage, la Scène Nationale de Sète propose d’autres concerts que les miens : Médéric Collignon en 2009 ou Jean-Philippe Viret en 2010, par exemple. Nous proposons également des concerts en lycée avec mon quartet H3B, avec Régis Huby, Laurent Blondiau et Sébastien Boisseau. On espère ainsi conquérir le public de demain, car, c’est la connaissance qui donne le goût !
 
Propos recueillis par Jacques Denis


Poésie Verticale, création de Denis Badault. Le 27 avril 2010, à 20h30. Centre culturel Léo-Malet de Mireval.

A propos de l'événement


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