La Terrasse

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Christoph Eschenbach

Christoph Eschenbach - Critique sortie Classique / Opéra
Crédit photo orchestre : Jean-Baptiste Pellerin Crédit photo Eschenbach : Eric Brissaud

Publié le 10 octobre 2008

L’humanité de la musique

Pour ses deux dernières saisons à la tête de l’Orchestre de Paris, Christoph Eschenbach met à l’honneur les œuvres symphoniques de Mahler. Il nous explique son rapport au compositeur autrichien.

« On se découvre intérieurement avec l’œuvre de Mahler comme avec nulle autre. »
 
 
De Valery Gergiev à Simon Rattle, de nombreux chefs se lancent dans l’intégrale de l’œuvre orchestrale de Mahler. Comment se distingue votre vision ?
 
Christoph Eschenbach : Mahler, comme Beethoven, sont des compositeurs très populaires. Leurs symphonies sont donc très jouées et très enregistrées. Mais pour ma part, je n’écoute pas les autres versions, je trace mon propre chemin… Ce qui me préoccupe avant tout, c’est de montrer la clarté de la partition. Chaque phrase, chaque motif a un sens, une émotion. Quand on obtient une véritable clarté, on peut faire comprendre la construction des mouvements, même très complexes et très longs.
 
Comment votre interprétation mahlérienne a-t-elle évolué au cours de votre carrière ?
 
C.E. : C’est un voyage absolument passionnant. Au fur et à mesure que l’on change humainement, on modifie son approche musicale. C’est aussi vrai dans le sens inverse. On se découvre intérieurement avec cette musique comme avec nulle autre. L’œuvre de Mahler est un véritable miroir. Il ne faut pas oublier que ces partitions ont été écrites à la naissance de la psychanalyse.
 
Les couleurs « françaises » de l’Orchestre de Paris conviennent-elles à cette musique germanique ?
 
C.E. : L’ancêtre de l’Orchestre de Paris, l’Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire, a été fondé en 1828 pour jouer les symphonies de Beethoven. Cette formation interprète très bien la musique germanique. Par ailleurs, il y beaucoup de fortes personnalités dans l’Orchestre, et cela convient bien à l’écriture mahlérienne, qui demande parfois un certain individualisme.
 
Cette saison seront donnés de nombreux Lieder de Mahler. Quel type de voix recherchez-vous pour ce répertoire ?
 
C.E. : Les chanteurs doivent avant tout raconter les histoires qu’ils chantent. Chaque cycle est différent, des Kindertotenlieder, véritable plongée dans un monde lugubre, au Knaben Wunderhorn que nous jouerons ce mois-ci avec Matthias Goerne. Je viens d’enregistrer avec ce baryton La Belle meunière de Schubert. C’est un chanteur idéal, car, avec les mots, il sait peindre des images.
 
Votre intégrale Mahler sortira en DVD. Pourquoi le choix de ce support ?
 
C.E. : Le monde devient de plus en plus visuel. La réception de l’art et de la musique passe par les images. Nous avons la chance d’avoir un très bon réalisateur qui fait de chaque symphonie un véritable thriller !
 
Propos recueillis par Antoine Pecqueur


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