« Le Syndrome d’Ulysse » de Serge Barbuscia et Ali Babar Kenjah : une cabaret théâtral et musical entre imaginaire et réalité
Né d’une rencontre entre l’auteur, comédien [...]
A travers l’effacement de son accent méridional pour sa carrière de comédien, Benjamin Tholozan revient sur le sacrifice de l’occitan, et des autres langues dites régionales, dans un seul en scène écrit avec Hélène François. Jalonné d’irrésistibles moments de complicité avec le public, Parler pointu tresse une jubilatoire galerie de portraits et de saynètes, entre folklore familial et épopée historique.
Benjamin Tholozan a grandi dans le Midi, mais n’en a plus l’accent, qu’il a gommé lorsqu’il est monté à Paris pour devenir comédien. Pour les gens du « pays », comme pour sa famille, qui a gardé l’intonation méditerranéenne, il s’est mis à « parler pointu ». A partir de l’évocation de son grand-père, figure haute en couleurs, tombeur macho, amateur d’opéra et de tauromachie, fasciné par Jean Cocteau, Jean Marais et Jean-Claude Brialy, mais dont le sonotone s’est brouillé lorsque son petit-fils lui a appris vivre avec un garçon, Benjamin Tholozan retrace le progressif effacement de l’occitan, et plus généralement des parlers régionaux, au profit du français, langue unique du royaume, puis de la république. A l’image de cet aïeul magnétique parfois hâbleur, ce seul en scène, accompagné par quelques numéros musicaux de Brice Ormain, appoint un peu discret au point de devenir presque anecdotique, jongle de manière jubilatoire entre saynètes familiales et topos didactiques dans une posture hybride entre l’instituteur, l’histrion et Stéphan Bern.
Un pittoresque tourbillon des accents
A la manière des stand-uppers, Benjamin Tholozan tisse des connivences avec le public, et ce dès un prologue apéritif avec distribution de pastis. Dans ce plaidoyer pour la richesse de la diversité linguistique, la réalité et la légende se confondent, comme dans la faconde du « pépé » que l’on disait un peu mythomane. La scène entre Benjamin, ses parents, son oncle et sa grand-mère sur l’aire d’autoroute de Caissargues, où a été déposée la façade du Théâtre municipal de Nîmes détruit par un incendie en 1952, ou la reconstitution drolatique de la remise du Dictionnaire de l’Académie à Louis XIV, comptent parmi les moments les plus pittoresques de cette irrésistible valse des accents. Avec les aléas inhérents à ce format où la tension comique dépend aussi de la réactivité des spectateurs, ce plaidoyer pour la richesse de la diversité linguistique, conscient des enjeux politiques qu’il peut drainer, laisse aussi poindre quelque virgule d’émotion au détour de ce tourbillon verbal engagé.
Gilles Charlassier
à 18h10, relâche les 8, 15 et 22 juillet. Tél. : 04 90 82 20 47. Durée : 1h30.
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