La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Avignon - Entretien Alain Foix

Figures de l’émancipation dans la tourmente

Figures de l’émancipation dans la tourmente - Critique sortie Avignon / 2009

Publié le 10 juillet 2009

Pas de prison pour le vent de l’auteur Alain Foix évoque la rencontre d’Angela Davis, l’une des grandes combattantes de la cause noire dans les années 70, et de Gerty Archimède, avocate militante député de Guadeloupe, dont l’Américaine a salué le “courage indomptable“. Un huis clos engagé, jamais didactique, à la fois réflexion poétique sur l’émancipation et hommage à une femme exceptionnelle. Dans une mise en scène d’Antoine Bourseiller.

Qui est Gerty Archimède ?
Alain Foix :
Une femme exceptionnelle qui a marqué la vie des Antilles entre la fin de la guerre et le début des années 80. Décédée en août 1980, sa statue trône sur le port de Basse-terre en face du Palais de justice dont elle fut bâtonnier, et du Conseil Général qu’elle présida. Première femme antillaise députée en 1946, et première femme avocate de l’île, elle se battit aux côtés d’Aimé Césaire pour que soit adoptée la loi de départementalisation des Antilles Guyane et de La Réunion en 1947. Elle fut l’interlocutrice des plus grands et se consacra en tant qu’avocate à la défense des femmes et des plus démunis. Cette grande dame était ma grande tante, et cette pièce Pas de prison pour le vent est alimentée par le souvenir de nos longues discussions politiques et philosophiques en tête-à-tête.

« Le sujet de la pièce est l’émancipation humaine vue par le prisme de l’émancipation féminine et celle des noirs. »

Quel est le sujet de la pièce ?
A.F. :
Cette histoire est inspirée d’un fait réel raconté par Angela Davis, militante proche des Black Panthers, dans son autobiographie, où elle rend un vibrant hommage à Gerty Archimède qui l’a défendue en Guadeloupe lors de son passage dans l’île, où elle se trouva en difficulté face à un douanier la menaçant de cinq ans de prison. Le sujet de la pièce est l’émancipation humaine vue par le prisme de l’émancipation féminine et celle des noirs.

Où et comment avez-vous orchestré la rencontre entre les deux femmes ? 
A.F. : La pièce est un huis clos dans la maison coloniale de Gerty Archimède battue par le vent et menacée par un cyclone. Gerty, communiste, vit avec sa sœur qui est religieuse, sœur Suzanne, qui est le troisième personnage féminin de la pièce, et avec un homme à tout faire, Joachim. Celui-ci est le seul personnage produit par mon imagination. Sa présence met en valeur la dimension de cet espace féminin et crée un effet de distanciation. Il permet également de mieux faire apparaître les différents caractères féminins : Angela Davis, trente ans à l’époque, une Athéna des temps modernes, porteuse d’utopie ; Gerty Archimède, soixante ans, une vielle guerrière pleine de sagesse ; Sœur Suzanne, religieuse et aimante, un regard critique et attentif.

Que pensez-vous des événements qui ont secoué les Antilles françaises, et singulièrement la Guadeloupe, lors du printemps dernier ? Où en est-on aujourd’hui ?
A.F. :
Lors de nos multiples conversations juste avant sa mort, Gerty Archimède m’a confié qu’elle regrettait d’avoir tant combattu pour obtenir la départementalisation. Le but de ce combat était d’établir une égalité sociale entre la France et ses anciennes colonies. En 1980, elle constatait que cela n’avait rien changé et que c’était pire sous certains aspects. Ce qui se passe aujourd’hui renvoie à ce constat fait trente ans plus tôt. Cette pièce écrite en 2004, bien avant les événements d’avril dernier, offre un regard actuel sur la situation de nos îles et de la Guyane. Elle pose la question de l’identité française dans sa pluralité et dans son rapport avec cette partie d’elle-même, et de son histoire républicaine agitée entre intégration et relation coloniale. Plus qu’un regard sur la Guadeloupe et la femme noire, c’est un miroir réfléchissant tendu avec humour et poésie aux hommes, aux dominants et à la nation française. 

Propos recueillis par Agnès Santi

Pas de prison pour le vent d’Alain Foix, mise en scène Antoine Bourseiller, du 8 au 31 juillet à 12H40 au théâtre du Petit Louvre, 3 rue Félix-Gras. Tél : 04 90 86 04 24.  A lire : Noir de Toussaint Louverture à Barack Obama d’Alain Foix (Editions Galaade)

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