Théâtre - Entretien

Entretien Lukas Hemleb

Jacques Lassalle livre avec un bel élan mélancolique l’univers tragi-comique de von Horvath, l’étrangeté inquiète de l’entre-deux-guerres. Un Figaro pragmatique et bourgeois à figure de tribun.

Le Misanthrope : moeurs, société et politique amènent à la perte de soi

Le Misanthrope ou le sommet de l’art théâtral de Molière. Il est vrai que
le regard porté par l’auteur sur l’esprit mondain du dix-septième correspond à
une critique mordante de notre temps. Avec de plus la troupe vive et souple de
la Comédie-Française.

Après Le Dindon de Feydeau, vous revenez dans la Maison de Molière
avec une de ses oeuvres maîtresses,
Le Misanthrope.

Lukas Hemleb : C’est une rencontre que je désirais depuis longtemps car
je vois dans la pièce du Misanthrope un sommet de l’écriture de Molière.
De plus, j’ai l’impression qu’avec les comédiens de la Comédie-Française toutes
les possibilités sont réunies pour réussir une apothéose de rencontres. La pièce
du Misanthrope est particulièrement symbolique de cette quête d’une
dimension politique portée par la représentation de la société de l’époque,
traversée elle-même par des réflexions très personnelles de Molière. L’équilibre
est subtil entre une dimension publique et une dimension intime de l’oeuvre.

La distribution des acteurs est brillante.

L. H. : Ce sont des acteurs que j’aime très fort : Thierry Hancisse joue
Alceste, Éric Génovèse Philinte, Yann Collette Oronte. Pour les femmes, Marina
Hands interprète Célimène, Elsa Lepoivre Éliante et Clotilde de Bayser Arsinoé.
Je crois que ce qu’on peut dire pour cette mise en scène, c’est que je n?essaie
pas d’enfermer les personnages de la pièce dans des figures figées et
exagérément typées, soumises à une caractérisation convenue. On est lassé
aujourd’hui du personnage imposé d’Alceste, quelqu’un qui soit exsangue et
atrabilaire, complètement perdu dans son intellect. On a trop vu Célimène en
coquette et Arsinoé en vieille frustrée. Ce sont des poncifs éculés.

« Tous les êtres sont tirés à la périphérie d’eux-mêmes et l’effet
est vertigineux. »

 

Comment êtes-vous parvenu à ne pas proposer une vision caricaturale de cette
petite société ?

L. H. : Les femmes, par exemple, ne sont pas éloignées l’une de l’autre,
par l’âge, la génération, la séduction. Elles sont semblables et équivalentes.
Ce qui m’a paru le plus intéressant, c’est que chaque personnage soit perçu
positivement et porte librement sa part d’humanité.

Quels sont les aspects de la pièce que vous privilégiez ?

L.H. : J’accorde beaucoup d’importance à la fulgurance de l’histoire
d’amour entre Alceste et Célimène. À côté de cette idylle évidente, se dessine
en filigrane une autre histoire d’amour ? entre Philinte et Célimène -, qui fait
partie, même au second plan, de l’action et de la charpente de la pièce. Et on
assiste à une sorte de contamination de tous les personnages portés vers leurs
extrêmes et vers leur solitude à travers des questions de moeurs, de société, de
politique. Il en résulte quelque chose d’imprévisible quant au sentiment de
l’errance et de la perte de soi. Tous les êtres sont tirés à la périphérie
d’eux-mêmes, et l’effet est vertigineux. Je n?ai pas voulu transposer
l’accoutrement obligé du costume trois pièces et de l’attaché-case.
L’équivalence facile ne me sied pas, mais plutôt une reconnaissance sourde entre
l’époque de la pièce et nos temps actuels.

Propos recueillis par Véronique Hotte

Le Misanthrope

De Molière, mise en scène de Lukas Hemleb, à partir du 26 mai 2007, en
alternance, à La Comédie-Française 2, rue de Richelieu 75001 Paris Tél : 0825 10
16 80 (0,15 euro/minute)
www.comedie-francaise.fr

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