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La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Dédale, premier grand rendez-vous de l’Académie Fratellini

Trois soldats, trois solitudes, trois errances… Jacques Osinski noue Woyzeck, de Büchner, Un fils de notre temps, d’Horváth et Dehors devant la porte, de Wolfgang Borchert, en une trilogie qui plonge au cœur des hommes aux prises avec la violence et les rouages de la société.

Publié le 10 avril 2007

Laurent Gachet, revisitant le mythe du labyrinthe, a vu grand pour investir
ce magnifique lieu qu?est l’Altaïr. Difficile tâche.

Un maître mot : scénographie. Avant même de pénétrer sous le chapiteau, elle
nous happe et nous plonge d’emblée dans une atmosphère propice à nous faire
débarquer, avec Thésée, sur les rives de l’imaginaire. Mais au premier monologue
de Dédale, le charme se délite et nous renvoie à la grandiloquence de l’ensemble
(les mises en scène du Stade de France, imposant voisin de l’académie,
n?auraient pas mieux fait). Le texte ne nous laisse guère le choix dans
l’interprétation du mythe : Dédale a-t-il songé à l’horreur des crimes perpétrés
dans son labyrinthe ? De quel crime se rend-il complice ? N?est-il qu’un
instrument dans la main du prince ? Tout est dit. La dramaturgie se tient
d’ailleurs de bout en bout, et l’on remonte le fil de l’histoire avec Thésée,
Ariane, le Minotaure et Icare. Mais que reste-t-il à nos jeunes circassiens,
employés à défoncer une porte à coup d’acrobaties, où à tenter l’ultime envol à
force de sauts périlleux pour franchir ces murs trop hauts ?

Un rituel des origines, habillé par une scénographie originale.

Si leur technique se met au service du propos, elle se perd dans les méandres
de la scénographie, de la musique et du chant, trois éléments combinés à
l’histoire qui rivalisent de présence. Nous voilà dans un rituel plein d’images,
dans une célébration visuelle et sonore immodérée. L’effort de Laurent Gachet à
construire un univers à part prend toute la place, mais ne passe pas par le
corps, domaine du sensible et de l’émotion. Sans émotion, pas d’empathie, ce qui
est regrettable au vu des prouesses exécutées sous nos yeux à plusieurs mètres
de hauteur? Le temps se suspend, s’étire pour ne laisser en nous que des
impressions. La majesté du décor, l’originalité de la musique et du chant qui
mêlent des sonorités aborigènes à des ch?urs d’hommes envoûtants plongent alors
le spectateur dans un étrange état de contemplation. La question reste alors de
savoir si l’on doit contempler le cirque contemporain, ou tout simplement le
vivre.

Nathalie Yokel

Dédale, mise en scène de Laurent Gachet, jusqu’au 6 mai, du mercredi au
samedi à 20h30, le dimanche à 16h, à l’académie Fratellini, rue des cheminots,
93210 Saint-Denis La Plaine. Tel : 0825 250 735.

A propos de l'événement



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