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Théâtre - Critique

Elias Leister a disparu

Elias Leister a disparu - Critique sortie Théâtre
Crédit : DR Légende : Elias Leister a disparu : Eudes Labrusse signe un thriller poétique de remarquable facture.

Publié le 10 avril 2010

Eudes Labrusse signe et met en scène avec Jérôme Imard un texte poétique théâtralement passionnant en forme de variations sur l’enfance et ses tourments : un très beau spectacle !

Une longue table et quelques chaises, un tableau accrocheur d’indices, ceux dont la collection dessine comme en creux le portrait d’Elias Leister, un piano à jardin et le talent de Christian Roux pour accompagner l’enquête : le travail théâtral et scénique mené par Eudes Labrusse et les siens est d’une qualité littéraire, dramaturgique et interprétative rare et jubilatoire. Eudes Labrusse, auteur déjà de quelques remarquables pièces dont la qualité d’écriture est toujours servie par une grande intelligence des exigences du plateau, livre une de ses meilleures œuvres et réunit pour la servir des comédiens émouvants et efficaces, intenses et gracieux. Il est ici question de l’enfance et de ses secrets, de ses blessures et de ses angoisses, de ses interrogations et de ses incompréhensions, de son mystère et de sa cruauté : terra incognita que Labrusse explore en poète plutôt qu’en ethnographe ou en psychologue, suggérant sans les nommer des événements intimes, historiques et politiques auxquels chacun, dans le public, peut donner les couleurs de sa propre mémoire.
 
Quand le théâtre accouche du monde
 
Mise en scène de la trace et de l’empreinte pour accompagner ce chemin d’élucidation proposé au spectateur auquel les comédiens s’adressent directement. Pas de dialogue entre les personnages mais des monologues à la deuxième personne du pluriel qui font avancer l’intrigue sans la faire sombrer dans la niaiserie du psychologisme : Elias Leister, dont le nom est personne au fond, est à la fois tous les hommes et le miroir de leurs fantasmes et de leurs rêves, comme il est le héros final d’une horde de gamins dont les visages s’effacent dans la boue et la pluie d’une forêt fantastique. L’habileté avec laquelle les comédiens jouent de la dialectique entre incarnation et désincarnation qu’impose la forme de l’écriture est fascinante et réussit la gageure d’une émotion bouleversante sans jamais user du pathos. Eva Castro, Jérôme Imard, Denis Jousselin, Serpentine Teyssier et Philipp Weissert, tous excellents et justes, tour à tour poignants et drôles, précis dans leurs effets et sidérants de vérité, installent par leur jeu et leur présence une densité quasi palpable et un suspense hallucinant. On voit la niche où grelotte le jeune Elias Leister, on voit la route écrasée de soleil sur laquelle la balle meurtrière vient fracasser son épaule, on voit les arbres dans lesquels il cache ses yeux jaunes au milieu des enfants-soldats : lorsque le théâtre parvient à réaliser cette épiphanie, c’est qu’il est servi par des artistes de très grand talent. Ce qui est indéniablement le cas d’Eudes Labrusse et de ses compagnons.
 
Catherine Robert


Elias Leister a disparu, texte d’Eudes Labrusse ; mise en scène de Jérôme Imard et Eudes Labrusse. Du 9 mars au 18 avril 2010. Mardi, mercredi, vendredi à 20h30 ; jeudi et samedi à 19h30 ; dimanche à 15h30. Théâtre 13, 103A, boulevard Auguste-Blanqui, 75013 Paris. Réservations au 01 45 88 62 22. Durée du spectacle : 1h40.

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