Théâtre - Critique

Crime et Châtiment

Crime et Châtiment, mis en scène par Nicolas Oton. Crédit : Marc Ginot

d’après Fiodor Dostoïevski / mes Nicolas Oton

Bouffées de noirceur et d’introspection, réflexions sur les conditionnements sociaux, considérations existentielles… A la tête d’une remarquable distribution, le metteur en scène Nicolas Oton nous entraîne dans les éclats abyssaux de Crime et Châtiment.

C’est l’un des monuments de la littérature mondiale. Crime et Châtiment, roman paru en 1866 au sein duquel Fiodor Dostoïevski s’attache à examiner les vagabondages intimes et existentiels d’un jeune homme désargenté qui, après avoir été contraint d’abandonner ses études, se transforme en voleur et en meurtrier pour s’offrir un destin. Raskolnikov rêve de devenir un grand homme. Il planifie l’homicide d’une vieille usurière qu’il dépouille et assassine, tuant également au passage la sœur de cette dernière. En se lançant dans l’adaptation théâtrale de ce texte foisonnant, Nicolas Oton s’est donné pour défi d’incarner sur scène, à travers ses tourments et ses indignités, « la chair crue du monde » dont rend compte l’écrivain russe. Il remporte haut la main son pari en faisant naître un univers de bas-fonds atemporel à l’intérieur duquel Cyril Amiot, Ludivine Bluche, Frédéric Borie, Brice Carayol, Charlotte Clamens, Laurent Dupuy, Franck Ferrara, Christelle Glize, Manuel Le Lièvre, Patrick Mollo, Alex Selmane et Alyzée Soudet investissent les paradoxes d’une humanité ployant sous le poids de la misère, de la souffrance, de la culpabilité.

De l’instabilité psychique à la clairvoyance la plus aiguë

Il y a, d’abord, Frédéric Borie qui confère toute l’ampleur et la densité intérieure nécessaires au personnage de Raskolnikov. Naviguant de la fragilité à la rage, de l’instabilité psychique à la clairvoyance la plus aiguë, le comédien donne « le la » d’une représentation qui ne révèle rien moins que l’âme du roman de Dostoïevski. Mais cette proposition ne serait pas une telle réussite sans les onze interprètes qui, autour du personnage central, dessinent les contrepoints et les arrière-plans de Crime et Châtiment. De plain-pied avec l’univers en clair-obscur imaginé par leur metteur en scène (la scénographie est de Gérard Espinosa, les lumières sont de Dominique Borrini), les comédiennes et comédiens forment un groupe exemplaire. On est frappés par l’homogénéité de cette troupe. Loin de tout réalisme de détails, elle invente un théâtre qui, se concentrant sur l’essentiel, ne s’égare jamais dans le futile ou l’accessoire. Un théâtre qui, entre force du concret et de l’imaginaire, donne tout son sens aux transports humains et philosophiques du grand roman qui s’ouvre à nous.

Manuel Piolat Soleymat

 

A propos de l'événement

Crime et Châtiment
du Mardi 2 octobre 2018 au Jeudi 11 octobre 2018
Théâtre de l'Archipel
avenue du Général-Leclerc, 66000 Perpignan.

Du 2 au 4 octobre et du 9 au 11 octobre 2018 à 19h, les 5 et 6 octobre à 20h30. Durée de la représentation : 2h30. Tél. : 04 68 62 62 00. www.theatredelarchipel.org


Egalement les 16 et 17 octobre 2018 au Cratère – Scène nationale d’Alès, le 4 décembre à la Salle Georges-Brassens de Lunel, en juin 2019 au Festival Le Printemps des Comédiens.


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