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Avignon / 2026 - Entretien / David Murgia
Après Laïka en 2017 et Pueblo en 2020, l’auteur-metteur en scène italien Ascanio Celestini et le comédien belge David Murgia achèvent leur trilogie des « pauvres diables » avec un nouveau solo intitulé Rumba. Et si François d’Assise vivait à notre époque… ?
Comment pourriez-vous définir la relation artistique qui vous unit à Ascanio Celestini ?
David Murgia : C’est pour moi la rencontre avec un poète, mais aussi avec un maître. Notre compagnonnage s’inscrit dans le temps long : par le travail, par l’artisanat. Je vis ses textes et ses histoires depuis bientôt 15 ans. Tous ses personnages m’accompagnent. Je raccommode ses récits pièce par pièce pour le français, pour mon corps et pour ma voix, avec l’intention d’en préserver la dimension orale. Il y a entre nous une relation de transmission. L’artiste que je suis aujourd’hui s’est en partie construit par son théâtre, ses récits, son regard, ses mots, ses images mentales. Tout cela me compose.
Quelle est la trilogie à laquelle appartient Rumba ?
D.M. : Rumba conclut dix ans de travail autour des marges sociales et des périphéries urbaines. Les trois histoires qui composent cette trilogie traversent un même territoire : un parking de supermarché autour duquel se trouvent un entrepôt, le bar du coin et un immeuble d’habitations populaires. Sur ce bitume se croisent des « pauvres diables », celles et ceux que l’on appelle les invisibles, les sans nom, les sans voix. Rumba vient clore cette trilogie sans effectuer de miracle, à part peut-être celui de s’être obstinément et exclusivement intéressé à rendre visible et audible la vie des écrasés. Ces personnes, chaque jour, accomplissent le prodige de survivre à un monde qui les broie. Au cœur de ce dernier récit apparaît la figure de François d’Assise, fils de bourgeois devenu pauvre parmi les pauvres, et même serviteur des pauvres.
De quelle façon vous emparez-vous de ce personnage ?
D.M. : Je ne cherche pas à composer un personnage au sens classique. Mon travail est plutôt celui d’un passeur. Ascanio Celestini puise sa langue dans le réel, grâce à un long travail de collecte et d’entretiens. Son théâtre parle une langue qui vient du monde. Dans Rumba, le personnage qui raconte est emporté par ses mots, par son imagination. Il est composé de plusieurs voix, de fragments d’histoires collectées ou imaginées. L’incarnation passe ici avant tout par la précision du récit, par son rythme, par sa musicalité et sa simplicité radicale.
Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat
à 19h45. Relâche le mercredi. Tél : 04 90 14 07 99. Durée : 1h35.
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