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Avignon / 2026 - Entretien / Stanislas Roquette
Stanislas Roquette a imaginé cette création sous-titrée La fable de l’écoute d’après les cahiers de doléances du Grand Débat National initié en 2019. Il rend vivantes les paroles de cette vaste consultation citoyenne, en éclairant les enjeux de l’exercice démocratique.
Pouvez-vous nous rappeler quels sont ces cahiers de doléances qui constituent la matière de votre spectacle ?
Stanislas Roquette : En 2019, avec le mouvement des Gilets jaunes et suite au lancement du « Grand Débat National » par Emmanuel Macron, des mairies dans toute la France ont ouvert des cahiers de doléances, inspirés par l’exemple historique des États Généraux de la Révolution Française. Depuis 1789, il n’y avait pas eu d’exercice de démocratie directe générant une aussi large participation : 400000 pages manuscrites dans près de 20000 cahiers, auxquelles s’ajoutent deux millions de contributions en ligne. Notre compagnie Artépo étant implantée en Picardie, nous sommes allés aux Archives départementales d’Amiens pour nous plonger dans les cahiers de la Somme.
Qu’est-ce qui vous a le plus saisi ou touché à la lecture de ces doléances ? Comment vous en emparez-vous auprès des trois interprètes ?
S.R. : On y trouve des récits de vie bouleversants, des cris de colère, des appels au secours, mais aussi des réflexions documentées sur les réformes à mener, des logorrhées décomplexées, et souvent beaucoup d’humour… L’ensemble témoigne d’une grande inventivité politique, à rebours du prétendu désintéressement populaire pour la chose publique. Alexis Leprince (dramaturge) et moi avons voulu en faire un spectacle, car l’adresse au pouvoir que constituent ces paroles nous a semblé éminemment théâtrale. Les doléances que nous faisons entendre sont tantôt organisées par les thématiques proposées par le gouvernement, tantôt montées librement pour donner à voir la fantastique tribune spontanée qu’elles ont générée. Mais nous avions envie aussi de faire le récit chronologique de cette séquence politique finalement peu connue. C’est pour cette raison que j’ai écrit un texte dans lequel s’enchâssent les doléances. Le travail vidéo de Victor-Hadrien permet ensuite de montrer les graphies si pittoresques de ces cahiers Clairefontaine à carreaux, et de donner à voir des images d’archives de cette période.
Que voulez-vous transmettre au public à travers votre mise en scène ?
S.R. : Par souci de précision documentaire, nous avons voulu systématiquement indiquer les mesures prises par le gouvernement, et aussi faire entendre les prises de parole d’Emmanuel Macron, qui avait considérablement personnalisé ce débat. Nous avons ainsi découvert une notion de sociologie politique, la concession procédurale, qui désigne un mécanisme de désamorçage de crise. Elle consiste, pour le pouvoir en place, à offrir aux contestataires un espace d’expression institutionnalisé, sans pour autant leur accorder de réel pouvoir de décision sur le fond. D’où le sous-titre que nous avons choisi : « La fable de l’écoute ».
Qu’est-ce que ces doléances disent de notre corps social, de nos imaginaires ?
S.R. : Derrière la pluralité des contributeurs, au-delà des divisions, une certaine cohérence collective s’exprime autour de mesures transpartisanes emblématiques. Porteur de plus de justice sociale et fiscale, ce désir ressemble fort, toutes choses égales par ailleurs, à celui qui était déjà exprimé lors de la Révolution française. Mais curieusement, aucun parti politique, de gauche comme de droite, n’a totalement pris au sérieux ces doléances. Pourtant, nombre d’observateurs analysent leur occultation comme une des causes du chaos politique actuel. D’où notre envie de les faire entendre avant la présidentielle…
Propos recueillis par Agnès Santi
à 14h20, relâche les 10 et 17. Billetterie : www.theatredutrainbleu.fr
Durée : 1h20.
Également au Théâtre de l'Opprimé, 78 rue du Charolais, 7512 Paris. Les 23 et 24 juin à 20h30.
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