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Avec cette pièce, Judith Desse plonge les spectateurs dans le quotidien des maisons de retraite. À voir absolument.
Deux femmes, robes noires, collerettes blanches, visages et cheveux gris, se tiennent presque immobiles. Elles sont fragiles, bougent précautionneusement, imperceptiblement, tout en mouvements ralentis, ou parfois saccadés, nets, grâce à une gestuelle segmentée par des arrêts nets. Le son, enregistré dans un Ehpad, nous renseigne sur le contexte. Judith Desse, qui danse sur le plateau avec Kasia Stankiewicz, nous plonge dans cet univers d’exclusion sinon de réclusion, sorte de lazaret moderne où le corps vieillissant est comme annulé par les gestes techniques des soignants. La force de cette pièce est de s’attacher à la gestuelle des résidentes, et des soignantes, son personnage passant de l’une à l’autre par une astuce costumière. D’un côté donc les gestes de ces femmes en fin de vie, parfois aberrants, parfois très expressifs mais auxquels on ne peut attribuer de sens certain, les regards tournés vers l’intériorité, les gestes de la main rappelant un ouvrage fantôme… De l’autre, les yeux ailleurs, les consignes absurdes, inappropriées, les actions parfois violentes.
Signes de vie, signes de mort
Les deux femmes communiquent par leurs mouvements, leurs postures qui se répondent, dans une chorégraphie très proche du butô, à la fois tordue et extatique, les visages et les mains couverts d’argile, élaborant des souvenirs de danse. Elles déambulent à petits pas, déjà fantomatiques, oubliées. L’espace resserré du plateau symbolise la chambre étroite, à elle seule métaphore de l’enfermement dans la pièce, dans l’Ehpad, dans la tête, et bientôt dans le corps dont l’amplitude se restreint. On fête un anniversaire comme un adieu définitif. Les fleurs de la scénographie étant signes de vie, signes de mort, comme ces femmes déjà oblitérées par le non-regard et le peu d’intérêt qu’elles suscitent. Judith Desse connaît bien son affaire. Elle a été infirmière (soins palliatifs, Ehpad, psychiatrie) et a travaillé avec des personnes en Ehpad. La sortie du livre Les Fossoyeurs l’a poussée à rendre hommage à sa grand-mère mal prise en charge, par manque de moyens, de personnel, d’intérêt peut-être. Elle s’était promis de danser ces corps enterrés avant l’heure, ces femmes qui errent, tanguent, sourient parfois et dansent une petite ronde à la Pina Bausch pour dire que, malgré tout, elles sont encore vivantes !
Agnès Izrine
Du 4 au 8 juillet, le 14 juillet à 20h40. Tél. : 04 90 86 30 37. Durée : 1h05. Spectacle vu à L’Entrepôt en juillet 2025.
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