Carme Portaceli présente sa version des « Bonnes » de Genet. Un spectacle qui prend le texte par le réel, en écho avec notre époque.
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Au Théâtre de la Porte Saint-Martin, ils et elles sont vingt — comédiennes, comédiens et musiciennes — à donner vie à la pièce de Beaumarchais. Dans une mise en scène au classicisme inspiré d’Alain Françon, ce spectacle choral brille sans jamais rien forcer : entre virtuosité et délicatesse.
A 81 ans, plus d’un demi-siècle après avoir fondé sa première compagnie à Annecy (Le Théâtre éclaté, en 1971), Alain Françon poursuit inlassablement son œuvre de metteur en scène. De spectacle en spectacle, il révèle les œuvres dont il s’empare avec l’exigence et la rigueur d’un passionné de littérature. Car pour lui, le texte se situe bien au cœur du théâtre. On doit l’entendre, en saisir toutes les nécessités, l’entière profondeur. Aujourd’hui, c’est l’un des grands classiques de notre répertoire que l’ancien directeur du Théâtre de la Colline explore et éclaire : La Folle journée ou le Mariage de Figaro. Pour ce faire, il a réuni une troupe de comédiennes et comédiens virtuoses qui, tout au long de la pièce écrite en 1778, composent les accents multiples d’une représentation chorale. Au sein de cet enchaînement de péripéties qui se déploie avec à la fois force et délicatesse, rien n’est laissé de côté. Chaque scène est un moment de vie à part entière, chaque personnage existe pleinement. Vincent Dedienne (dans Figaro), Micha Lescot, Alix Poisson, Ana Blagojević, Noémie Lvovsky, Axel Auriant (en alternance avec Nemo Schiffman), Eric Berger, Guillaume Lévêque, Tommy Luminet, Rodolphe Congé, une violoniste, une accordéoniste et sept apprentis du Studio Esca donnent corps, avec une fantaisie pleine d’élégance, à cette comédie sur les relations de domination et les jeux de l’amour.
Une fantaisie pleine d’élégance
Une porte monumentale. Un mur percé d’une grande fenêtre. Quelques éléments de mobilier qui changent ou se déplacent au fil des actes… La scénographie au réalisme épuré de Jacques Gabel plonge les existences virevoltantes des personnages de Beaumarchais dans un univers imaginaire intermédiaire : entre hier et aujourd’hui. De badinages en quiproquos, de réflexions intimes en raisonnements socio-philosophiques, cette vision du Mariage de Figaro se passe d’emphase et de psychologie. Faite de rigueur et de justesse, la mise en scène d’Alain Françon ne cherche pas à mettre en valeur un motif dramaturgique au détriment d’un autre. Elle façonne des situations pleinement ancrées dans le concret du présent qu’elles dessinent. Cette folle journée avance à vive allure. Elle fait naître des éclats de drôlerie qui s’affirment sans s’appesantir. Dénuée d’effets superficiels, cette remise en question des privilèges de la société prérévolutionnaire — privilèges des hommes sur les femmes, des maîtres sur les valets — prend le parti de la nuance et de la légèreté. Sans assécher d’une quelconque façon la matière charnelle et vivante du théâtre.
Manuel Piolat Soleymat
Du mercredi au vendredi à 20h, le samedi à 16h et 20h30, le dimanche à 16h.
Durée : 2h15. Tél. : 01 42 08 00 32. www.portestmartin.com
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