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Kenza Berrada nous invite au Maroc et au cœur de sa culture dans Paradis Plage, Une vie comme dans du miel. Une pièce sur les non-dits et les mécanismes familiaux, belle, sensorielle et nécessaire.
« Comment crier quand on est au paradis ? ». Dans Paradis Plage, Une vie comme dans du miel, Kenza Berrada dissèque les non-dits familiaux au travers de son récit personnel. À 6 ans, Benti, la benjamine, est abusée par son frère de dix ans son aîné. Un inceste adelphique qui durera une grande partie de sa jeunesse, une jeunesse marocaine dorée et verdoyante dont il ne faudrait pas se plaindre. Sur scène, la protagoniste voit son histoire se jouer devant elle, en faisant interpréter tous les rôles par les Kabareh Cheikhats, groupe de musiciens et performeurs marocains habitués à se travestir : « Les cheikhates crient à la place de celles qui mangent du miel ». Les récits de vie sont multiples, entre une famille bourgeoise marocaine dominée par le « swab » – les bonnes manières marocaines – ; leur domestique, Dada, qui dédie sa vie à cette famille ; et la jeune nièce qui fait partie d’une génération révoltée qui remet en cause ces tabous familiaux qu’il faut cacher à tout prix. Des portraits de femmes de plusieurs générations, interprétées par des hommes brillants de justesse.
Un voyage marocain sur fond de traumatisme
C’est beau dans tous les sens. L’ouïe, l’odorat, la vue sont comblés. De l’encens pour l’olfaction, de sublimes chants du Kabareh Cheikhats qui sonnent comme du miel pour les oreilles, et une scénographie qui invite au voyage dans la culture marocaine. Cette poésie a un goût amer, car toujours un fond incommodant persiste : l’inceste est toujours là, le frère est toujours présent. Benti doit le confronter, elle veut qu’il reconnaisse ce qu’il a fait. Elle veut pouvoir en parler. Mais la politesse, ce swab l’en empêche. Les cinq artistes masculins – Amine Naouni, Ali Lamaadli, Ghassan Elhakim, El Mostafa Boutankite, Walid Rakik – incarnent superbement toutes ces femmes, offrant une sensibilité différente. La langue, riche et impactante, entre le français et l’arabe, est l’atout majeur de Paradis Plage. Une écriture fine, subtile, sans pathos, d’une sincérité qui touche profondément. Paradis Plage est une pièce qui prend son temps, qui se disperse parfois un peu dans ses portraits secondaires – Dada n’apparaît véritablement que tardivement dans la pièce –, mais qui nous invite à parler, à lever les tabous, à mieux faire famille. Pour pouvoir célébrer un amour vrai, sincère, qui saurait affronter les imperfections et les traumatismes.
Siloé Lemaître
à 20h. A partir de 15 ans. Tél. : 03 88 24 88 00. https://tns.fr/
Également du 7 au 11 octobre au T2G Théâtre de Gennevilliers – Centre Dramatique National, dans le cadre du Festival d’Automne à Paris.
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