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Théâtre - Critique

1669 Tartuffe Louis XIV et Raphaël Lévy

1669 Tartuffe Louis XIV et Raphaël Lévy - Critique sortie Théâtre
Crédit : Jean-Julien Kraemer Légende : « L’Affaire Raphaël Lévy jouée sur une scène. »

Publié le 10 mai 2011 - N° 188

Année 1669, Louis XIV lève l’interdiction de jouer Tartuffe de Molière contre la Cabale des dévots et intervient pour sauver les juifs de Metz après l’Affaire Raphaël Lévy. Concomitance historique et rapports de pouvoir sur un plateau.

L’analyse du fonctionnement du pouvoir incite le metteur en scène Jacques Kraemer à placer en résonance Tartuffe, pièce de Molière interdite de représentation par la Cabale des Dévots pendant quatre ans jusqu’en 1669, date à laquelle Louis XIV met fin à la censure. Le spectacle est un kaléidoscope théâtral : la comédie de Tartuffe est analysée en miroir avec l’Affaire Raphaël Lévy, du nom de ce marchand juif de bestiaux des environs de Metz, accusé de meurtre, torturé et conduit au bûcher. Louis XIV, intervenant mais tard, empêche la persécution d’autres juifs messins. Un récit de « meurtre rituel » au Grand Siècle – L’Affaire Raphaël Lévy Metz 1669 de Pierre Birnbaum est à l’origine du projet scénique. Un enfant de la campagne disparaît : un cavalier affirme avoir vu Raphaël Lévy portant un garçonnet sous son manteau : « C’est sous la pression des notables qu’il accusa Lévy ». Les juifs sont supposés tuer les jeunes enfants pour s’emparer de leur sang. L’hostilité face à cette population supposée dangereuse ou déviante est bien antérieure à l’antisémitisme moderne.
 
Relations affectives, amoureuses et conflictuelles
 
Le juif est assimilé au sorcier et la sorcellerie est une hérésie. Astreints au port d’un signe distinctif – chapeau jaune ou noir -, interdits d’agriculture et exclus des corporations, les juifs sont en butte au mépris des intellectuels et à la haine populaire, protégés occasionnellement par la hiérarchie ecclésiastique. Des dizaines de familles venues de l’Est se sont installées à Metz et, sous la protection du Roi, ont fait prospérer la ville, tout juste décimée par la peste et repeuplée ainsi par cette communauté cantonnée dans les campagnes. Sur la scène, on joue des bribes du Tartuffe dont l’exposition avec la fanatique Madame Pernelle (Claudine Pelletier) qui tyrannise son petit monde, fausse dévotion et hypocrisie confondues. Les répétitions sont à vue. Les acteurs (Caty Baccega, Joël Delsaut, Coco Felgeirolles, Patrick Larzille, Mathias Maréchal, Emmanuelle Meyssignac, Jérôme Varanfrain), l’assistant du metteur en scène (Thomas Gaubiac) et le metteur en scène (François Clavier) méditent sur l’enjeu dramaturgique du Tartuffe. Une actrice (Pauline Ribat), la descendante du persécuté de Metz, travaille à monter l’Affaire Raphaël Lévy, devenant à son tour, directrice d’acteurs. Pendant que les interprètes proposent leur version des deux pièces, à la lisière du plateau et dans les coulisses, naissent des relations affectives, amoureuses et conflictuelles entre eux. Le spectacle vivant et sensible mêle l’ici et maintenant du plateau à l’Histoire et ses manquements.
 
Véronique Hotte


1669 Tartuffe Louis XIV Raphaël Lévy, texte et mise en scène de Jacques Kraemer. Les 18,19, 20 et 21 mai 2011 à la Salle des Fêtes de Mainvilliers (banlieue de Chartres). Réservations : 02 37 28 28 20. Spectacle vu à l’Opéra – Théâtre de Metz.

A propos de l'événement

Région / Metz


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