La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Agamemnon

Agamemnon - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage Légende photo : Denis Marleau fait surgir les images du texte de Sénèque.

Publié le 10 juin 2011 - N° 189

Denis Marleau propose une mise en scène inspirée d’Agamemnon, de Sénèque. Le texte, magnifié par la très belle traduction de Florence Dupont, est, hélas, desservi par l’emballement de la diction.

Florence Dupont offre au latin de Sénèque une traduction remarquable d’élégance, de justesse et d’invention imagée. Sa langue, fluide et créative, transforme le texte en partition sonore et visuelle. Par son rythme, la précision de ses métaphores et la fulgurance rayonnante de son vocabulaire, elle faire naître des tableaux flamboyants : le verbe invente la chair et le sang. Autels rougis de Troie, navires argiens déchirés sur les écueils d’une mer vengeresse, bûcher assassin d’Iphigénie, massacre d’Agamemnon prophétisé par Cassandre : les mots manifestent l’invisible et forcent, non seulement la terreur et la pitié, mais aussi l’admiration pour une telle puissance sémantique. Riche de ce matériau, qui fait théâtre presque à lui seul, Denis Marleau en atténue paradoxalement les effets en choisissant de le faire déclamer rageusement par les comédiens du Français, à une vitesse qui confine à la précipitation, au point de parfois laisser seulement deviner des traces et bribes de sa splendeur. Si Michel Vuillermoz offre au récit d’Eurybate une clarté lumineuse en pleine tempête, Françoise Gillard, consumée par la folie de Cassandre, et Elsa Lepoivre, dévorée par la rage de Clytemnestre, jouent de la force furieuse de leurs personnages au détriment d’une précision vraiment audible.
 
Une esthétique visuelle pertinente et captivante
 
Reste que la mise en scène de Denis Marleau, s’appuyant sur la conception vidéo de Stéphanie Jasmin, fait surgir de très belles images et de très suggestives compositions. L’utilisation des atlantes qui encadrent la scène, l’animation des immenses masques blancs sur lesquels sont projetés les visages du chœur, et le déplacement des feutres ajourés rythmant les étapes vers le crime, offrent les conditions d’un théâtre visuel qui réussit une brillante synthèse de la référence à l’antique et de l’utilisation des moyens technologiques modernes. Les lumières de Dominique Bruguière jouent avec art de l’enténèbrement et de l’apparition dans la clarté tragique, entre obscurité de la folie et éblouissement fascinant du crime ; comme les masques impassibles, faisant irruption au-dessus de l’espace de jeu, contrastent avec la monstruosité bestiale qui s’empare des héros emportés par le destin de leur race maudite. Denis Marleau et les siens réussissent ici un spectacle très abouti visuellement, mais qui gagnerait encore en flattant l’oreille autant que la vue.
 
Catherine Robert


Agamemnon, de Sénèque ; traduction de Florence Dupont ; mise en scène de Denis Marleau. Du 21 mai au 23 juillet 2011. En alternance, matinée à 14h, soirée à 20h30 ; calendrier de l’alternance sur www.comedie-francaise.org Comédie-Française, salle Richelieu, place Colette, 75001 Paris. Réservations au 08 25 10 16 80.

A propos de l'événement



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