La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

La Séparation des songes

La Séparation des songes - Critique sortie Théâtre
Crédit : Ernesto Timor Légende : « Céline Liger dans La Séparation des songes. »

Publié le 10 avril 2011 - N° 187

Sur la scène du Théâtre Le Vent se lève !, Céline Liger interprète La Séparation des songes, de Jean Delabroy. Librement inspiré de l’existence de l’Autrichienne Natascha Kampusch, ce spectacle foisonnant, mis en scène par Patrick Verschueren, évite les écueils du sentimentalisme.

« Pas volée pas de moteur en marche pas de coffre béant pas de bâillon collé pas de chevilles attachées pas de genoux forcés / Pas de voiture tout simplement / Un jeune homme / Il ne m’a pas pris la main / Il ne m’a pas dit rien / Nous sommes allés… » Le personnage auquel Jean Delabroy donne la parole dans la Séparation des songes est une jeune fille assaillie de questions par un groupe d’interrogateurs que l’on ne voit pas. Existent-ils vraiment ? Le doute n’est pas levé. Car tout ce qui entoure ce personnage au destin librement inspiré de celui de Natascha Kampusch (jeune femme autrichienne qui vécut huit années enfermée dans une cave après avoir été enlevée à l’âge de 10 ans) suscite une forme de trouble et d’incertitude. Dans la mise en scène foisonnante et personnelle que signe aujourd’hui Patrick Verschueren – mise en scène toute en clairs-obscurs – cette impression est encore accentuée par la présence de la comédienne Céline Liger, qui confère à ce que le texte appelle une « jeune fille » des allures de femme.
 
L’examen poétique d’une conscience troublée
 
Une femme d’une trentaine d’années qui – de suites de mots en phrases saccadées, tronquées, impétueuses ; d’anecdotes tranquilles en souvenirs douloureux – revient sur les circonstances de cette séquestration lointaine et laisse peu à peu apparaître l’éclatement de son intériorité. Dans la peau de cet être aux multiples visages, Céline Liger impose d’emblée une composition singulière. Eloignant son personnage de toute posture sentimentale ou misérabiliste, la comédienne emprunte des chemins d’une belle ambiguïté. Des chemins qui contribuent à nourrir toutes les réflexions sur la liberté, la culpabilité, l’enfermement, la soumission qu’ouvre le monologue de Jean Delabroy. Unie à son ravisseur par un lien d’une force insolite, l’ex-prisonnière semble écartelée par des sentiments et des impulsions contradictoires. Ces contradictions, Patrick Verschueren les place au centre de son spectacle, plongeant judicieusement les spectateurs dans des troubles, des doutes, des énigmes qui ne se laissent pas facilement résoudre.
 
Manuel Piolat Soleymat


La Séparation des songes, de Jean Delabroy (texte édité chez Théâtre Ouvert, collection Tapuscrit) ; mise en scène de Patrick Verschueren. Du 7 au 9 et du 14 au 16 avril 2011. Les jeudis à 15h et 20h30, les vendredis et samedis à 20h30. Théâtre Le Vent se lève !, Tiers-lieu, 181, avenue Jean-Jaurès, 75019 Paris. Réservations au 01 77 35 94 36. Durée du spectacle : 1h15.

Reprise le 30 avril 2011 au Théâtre de l’Arlequin de Morsang-sur-Orge, le 7 octobre au Café Cultures de Draveil, le 21 octobre à l’Espace Jean-Vilar d’Arcueil.

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