La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Zoltan

Zoltan - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : Philippe Delacroix Légende : « Patrick Mille et Guillaume Durieux dans Zoltan, d’Aziz Chouaki. »

Publié le 10 février 2012 - N° 195

Dans un pays en guerre, un mythomane fuit le réel pour se réfugier dans un monde à sa propre mesure. C’est Zoltan. Mise en scène par Véronique Bellegarde au Théâtre Nanterre-Amandiers, cette pièce d’Aziz Chouaki tombe à plat.

Un jour d’orage, il trouve abri dans un petit bar de quartier, près d’une gare. Le pays est en guerre. Il dit ne pas être de la région, venir « de l’autre côté du pont », déclare vendre « du vent et des voiles », se prénommer Zoltan. Face à lui, une barmaid (Jessie – Marina Tomé) et deux habitués du lieu (Peg – Alexandra Castellon et Tunis – Pierre Hiessler, que viendront rejoindre deux autres personnages : Gabriel – Guillaume Durieux et Pluvia – Maud Le Grevellec). Le nouveau consommateur ne tarde pas à avouer d’un air faussement désinvolte qu’il est l’ami d’enfance de Revtchenko, une star de football dont le poster trône glorieusement sur l’un des murs du troquet. La révélation fait sensation. Par la suite, Zoltan (interprété par Patrick Mille) affirmera connaître personnellement de nombreuses autres célébrités, parmi lesquelles Madonna, Elton John, Leonardo DiCaprio, George W. Bush, Sharon Stone, Zinedine Zidane… Evidemment, rien de vrai dans tout cela. Le fabulateur finira par être démasqué, après s’être pris les pieds dans son imbroglio fantasmatique.

Une comédie noire insuffisamment noire

Aziz Chouaki compare Zoltan à un Don Quichotte contemporain. « La puissance de son imaginaire terrasse l’adversité et la vacuité du présent, déclare l’auteur d’origine algérienne (qui vit en France depuis 1991). Il brille devant son public, des éclopés du cœur, il leur donne du rêve, cette valeur absolue que veulent raser toutes les dictatures de l’histoire. » Mais, loin de l’inspiration exaltante de Cervantes, les divagations de ce personnage manquent à la fois de souffle et de brio. Ce qui aurait pu engendrer des prises de conscience sur les abîmes séparant chimère et réalité, sur les mécanismes susceptibles de faire glisser l’humain jusqu’à la mythomanie, ne donne en fait lieu qu’à une comédie assez fade. Une comédie noire insuffisamment noire, à laquelle la mise en scène de Véronique Bellegarde ne parvient pas à conférer la part d’émotion que laisse envisager la lecture du texte. Ainsi, cette vision trop monotone de Zoltan manque de troubles, d’ambiguïtés, de contrastes. Elle manque également de profondeur. Des carences qui nous mettent à distance, tout au long de la représentation, des enjeux humains que sous-tendent les destins de ces six personnages faisant face à la guerre.

Manuel Piolat Soleymat


Zoltan, d’Aziz Chouaki (texte publié aux éditions Les Cygnes) ; mise en scène de Véronique Bellegarde. Du 12 janvier au 12 février 2012. Du mardi au samedi à 21h, le dimanche à 16h, relâche le lundi. Théâtre Nanterre-Amandiers, 7, avenue Pablo-Picasso, 92022 Nanterre. Tél : 01 46 14 70 00. Durée  : 1h15.

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