La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Œdipe

Œdipe - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : Béatrice Larre Légende photo : Vincent Domenach et Marie Grudzinski en Œdipe et Jocaste.

Publié le 10 février 2012 - N° 195

Jean-Claude Seguin met en scène la première pièce de Voltaire et offre à des comédiens fougueux et enthousiastes l’occasion de revisiter avec panache l’histoire tragique du malheureux Œdipe.

Arouet est à peine Voltaire quand il écrit Œdipe, mais, déjà, sourd de son écriture sa haine implacable de l’Infâme et de ses « pontifes ». Le vertueux Œdipe (incarné avec force par le beau Vincent Domenach, poitrine haletante et corps pantelant) et l’intelligente Jocaste (à laquelle Marie Grudzinski offre la belle et tranquille assurance d’une grande reine, et les rondeurs bienveillantes d’une mère déterminée à ne pas s’en laisser conter par les valets des dieux fumeux), gouvernent Thèbes avec sagesse. Jocaste a accepté dans son lit le vainqueur du sphinx, même si son cœur demeurait épris de Philoctète. Celui-ci revient à Thèbes après avoir assisté aux derniers instants de son ami Hercule, et se retrouve accusé en premier du meurtre de Laïos : l’étranger est le bouc émissaire idéal de la cité pestiférée. Mais le grand prêtre (François Chodat, remarquable de hiératisme puant et de pompe odieuse) se plaît à ménager le suspense pour mieux torturer le monarque, qui s’ignore parricide et incestueux, et ainsi abreuver au compte-gouttes les dieux assoiffés.

A bas la calotte !

Sur un sol recouvert de latex gris, les protagonistes maudits de cette tragédie épouvantable se débattent dans les filets qu’a tissé le destin et que manipule, d’une main sadique et retorse, son serviteur encapuchonné, aux allures d’inquisiteur sournois. Luc Ducros, Antoine Herbez et Juliette Wiatr incarnent avec sincérité et assurance les seconds des deux héros, qui découvrent avec autant de terreur que de dignité qu’ils ont lutté inutilement en croyant échapper aux arrêts de l’oracle. La gloire, si chère au théâtre classique, fait de ces personnages des résistants valeureux qui, par leur courage, ravalent les puissances célestes au rang de tyrans sanguinaires et brutaux. Si les vers de Voltaire n’ont pas la beauté de ceux du Grand Siècle, ils composent néanmoins une diatribe redoutablement efficace, et sont l’occasion d’énergiques formules contre l’ignominie des persécuteurs religieux. Servie par une troupe harmonieuse, cette pièce orchestre une petite musique iconoclaste et anticléricale, dont les allergiques à la calotte se régaleront avec bonheur.

Catherine Robert


Œdipe, de Voltaire ; mise en scène de Jean-Claude Seguin. A partir du 18 janvier 2012. Du mardi au samedi à 21h30 ; le dimanche à 15h. Lucernaire, 53, rue Notre Dame des Champs, 75006 Paris. Tél : 01 45 44 57 34. Durée : 1h30.

A propos de l'événement



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