La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Danse - Gros Plan

Vollmond & Masurca Fogo

Vollmond & Masurca Fogo - Critique sortie Danse
Crédit photo : D.R. Légende photo : Dans Vollmond, les hommes et les femmes ne s’embrassent pas… ils se dévorent par la bouche

Publié le 10 novembre 2009

Deux pièces de Pina Bausch pour un hommage au Théâtre de la Ville, qui fut sa patrie parisienne.

Des hommes et des femmes. Et puis la vie. Qui toujours court, irrépressible insoumise, et cogne en violents tourbillons, glisse sur la caillasse des jours bruineux, caresse la rive au loin… Coule toujours. C’est en puisant dans l’eau vive du quotidien que Pina Bausch trouvait matière à création. Discrète observatrice des rituels de l’existence, elle y prélevait gestes intimes et parades sociales, captant l’instant d’incohérence, l’écart entre l’image et la personne qui révèle la violence faite à soi, faite aux autres souvent aussi. Pina Bausch touchait là où « ça » danse, faisant du mouvement un jaillissement de l’être, âpre, volcanique, déstabilisant. Les danseurs donnaient des « solos de caractères », nés d’une complice heuristique qui laisser affleurer, au creux de la gestuelle, la personne débarbouillée de tout personnage. Présent dans toute leur intensité d’individu, les danseurs n’interprètent pas mais représentent bel et bien : en se dévoilant eux-mêmes, dans leur fragilité, ils « représentent » notre humanité. Pina Bausch savait comme nulle autre accorder ces personnalités singulières, composant des chorégraphies du fragment par montage, collage et association libre… pour espérer attraper un peu de la réalité du monde. Quelques mois après la disparition de l’éternelle « grande dame de Wuppertal », le 30 juin dernier, à 68 ans, le Tanztheater poursuit l’œuvre en cours, sous la direction maintenant du Français Dominique Mercy et de l’Allemand Robert Sturm, deux fidèles collaborateurs, et revient à Paris avec Masurca Fogo (1998) et Vollmond (2006).
 
L’élan vital de la danse
 
Depuis Palermo, Palermo en 1989, la compagnie s’en allait régulièrement dans une ville étrangère, y vivait quelques semaines en amont d’une création. Non pour en dessiner le portrait, mais plutôt pour déplacer le regard, rencontrer l’ailleurs, se voir soi-même autrement dans l’imaginaire de l’autre. Masurca Fogo est ainsi né dans le sillage d’un séjour à Lisbonne en 1998 et garde traces des pérégrinations de la résidence. Bercée par le fado et des musiques capverdiennes, la pièce résonne comme un éclat de vie, sensuel et rieur. Tranchant avec cette douceur de vivre, Vollmond (pleine lune) plonge dans une atmosphère nocturne, à l’ombre d’un imposant rocher posé dans un lit d’eau (impressionnant décor de Peter Pabst). La danse tantôt frissonne sous les robes mouillées en voluptueuses ondulations, tantôt s’épanche en courses éperdues, qui disent toutes les blessures de l’amour, la mélancolie humide de la solitude… et malgré tout, contre tout, libèrent un immense élan de vie.
 
Gwénola David


Vollmond, du 11 au 17 novembre 2009, à 20h30, sauf dimanche 17h, et Masurca Fogo, du 23 au 28 novembre, à 20h30, sauf dimanche 17h, au Théâtre de la Ville, 2 place du Châtelet, 75004 Paris. Rens. 01 42 74 22 77 et www.theatredelaville-paris.com. A lire : Le langage chorégraphique de Pina Bausch, de Brigitte Gauthier, édition de L’Arche, 2008.

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