La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Un Monde meilleur, épilogue de Benoît Lambert

Un Monde meilleur, épilogue de Benoît Lambert - Critique sortie Théâtre DIJON Salle Jacques-Fornier
Benoît Lambert, auteur et metteur en scène d’Un Monde meilleur, épilogue. Crédit : Liseau

Auteur et metteur en scène Benoît Lambert

Publié le 2 octobre 2020 - N° 287

En épilogue de son feuilleton théâtral Pour ou contre un monde meilleur, initié en 1999, Benoît Lambert met en scène le comédien Christophe Brault dans un seul-en-scène corrosif interrogeant la disparition de l’humanité. Une descente aux enfers tragi-comique où le rire se met au service d’une réflexion sur l’histoire de notre espèce.

L’une des sources d’inspiration de ce projet a été la lecture du Mal qui vient*, un essai de Pierre-Henri Castel sur la fin de l’homme. Qu’est-ce qui, dans cet ouvrage, vous a donné envie d’écrire un solo pour Christophe Brault ?

Benoît Lambert : Je tiens à préciser qu’avant même de lire cet essai, j’avais envie de travailler en tête-à-tête avec Christophe Brault, qui est un comédien que j’aime énormément. J’avais envie d’écrire pour lui un seul-en-scène qui serait comme un portrait d’acteur. Et puis, j’ai lu l’essai de Pierre-Henri Castel. Cette réflexion sur la disparition de l’humanité est l’un des livres les plus effrayants que j’ai lus ces dernières années. Le choc qu’il a provoqué en moi m’a donné envie de proposer à Christophe, non pas une adaptation, mais un solo partant de cet ouvrage pour explorer l’histoire de notre espèce. Un solo intitulé Un Monde meilleur, épilogue, qui vient clore le feuilleton théâtral que j’ai initié il y a 20 ans (ndlr, Pour ou contre un monde meilleur) autour de la question des enjeux de la transformation du monde.

 Cet épilogue examine les conséquences concrètes d’une prise de conscience, par l’être humain, de la fin prochaine de son espèce…

BL.: C’est ça. Cette prise de conscience provoque un véritable vertige. Un vertige qui, bien sûr, comme tout ce qui nous rapproche de l’atrocité, active en nous des ressorts comiques. Le théâtre nous permet parfois de trouver une façon de rire ensemble : un rire qui n’est pas forcément très éloignée du sanglot… Même lorsqu’il s’empare d’un tel sujet, Christophe Brault possède une forme de démesure qui nous entraîne sur le versant de la comédie plutôt que sur celui de la tragédie. C’est d’ailleurs l’une des choses qui me passionne chez lui, la façon qu’il a de rendre cette frontière indiscernable. Face à quelque chose de violent, je trouve toujours très intéressant que l’on soit amené à éclater de rire plutôt qu’à éclater en sanglots.

« Le personnage qui s’avance vers nous sur scène, en dehors de tout esprit de catastrophe, se demande simplement et factuellement comment l’on peut vivre avec la certitude que notre espèce va prochainement disparaître. Il analyse l’histoire de l’humanité et se demande si, finalement, il est si surprenant que cette histoire puisse arriver à son terme.»

Car votre dessein n’est pas de ressasser toutes les choses par lesquelles nous sommes menacés…

BL..: Non, pas du tout. Le personnage qui s’avance vers nous sur scène, en dehors de tout esprit de catastrophe, se demande simplement et factuellement comment l’on peut vivre avec la certitude que notre espèce va prochainement disparaître. Il analyse l’histoire de l’humanité et se demande si, finalement, il est si surprenant que cette histoire puisse arriver à son terme. Cette question est l’occasion de travailler sur des rapports d’échelles saisissants. Aujourd’hui, nous nous sentons incapables de changer notre façon de vivre, comme si ce qui constituait notre modernité était consubstantiel à ce que nous sommes, comme si notre présent était l’essence de notre humanité. Mais il ne faut pas oublier que durant 300 000 ans, l’homme – qui était déjà un homme et non plus un singe – a vécu comme un chasseur-cueilleur…

A travers quel présent théâtral le personnage que vous avez imaginé convoque-t-il toutes ces réflexions

BL. : Un homme se présente à nous et nous raconte une histoire… On pourrait dire qu’il s’agit d’un conteur, ou d’un artiste de cabaret qui opère une sorte de tour de force avec des mots. Il y a aussi l’idée d’une conférence, car par moments ce personnage manipule des concepts qui viennent nous rappeler un certain nombre d’idées… C’est aussi une harangue : quelqu’un s’avance vers nous et nous annonce, très simplement, l’apocalypse.

Qu’est-ce qui vous captive dans la nature d’acteur de Christophe Brault

BL. : Peut-être le fait qu’il s’agisse d’un interprète, pour reprendre une expression de Nietzsche, qui a une « grande santé ». Il ne s’agit pas d’un acteur maladif, souffrant, mais d’un acteur solaire. Or, pour effectuer cette descente aux enfers, cette qualité me paraît précieuse. Nous avons travaillé ensemble sur l’exercice de la parole, sur le corps de l’acteur qui parle, sur la façon dont la parole traverse un corps. Christophe peut passer par des moments d’excès, de paroxysmes terribles, assez inquiétants. Mais il ne cesse jamais d’être fraternel. Il a une façon d’incarner l’inquiétude que je trouve extrêmement rassurante.

Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat

* Publié aux Editions du Cerf, en 2018.

A propos de l'événement

Un Monde meilleur, épilogue
du Mardi 6 octobre 2020 au Samedi 17 octobre 2020
Salle Jacques-Fornier
30 rue d’Ahuy, 21000 Dijon.

Du mardi au jeudi à 20h, le vendredi à 18h30, le samedi à 17h. Durée de la représentation : 1h15. Tél. : 03 80 30 12 12. www.tdb-cdn.com


Egalement du 9 au 11 mars 2021 au Théâtre de la Coupe d’Or - Scène conventionnée de Rochefort. Suite de la tournée en 2021/2022.


x

Suivez-nous pour ne rien manquer sur le Théâtre

Inscrivez-vous à la newsletter

x
La newsletter de la  Terrasse

Abonnez-vous à la newsletter

Recevez notre sélection d'articles sur le Théâtre