La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Avignon - Entretien Olivier Py

Un Festival politique et poétique

Un Festival politique et poétique - Critique sortie Avignon / 2014 Avignon La Fabrica
Orlando ou l'Impatience. © Christophe Raynaud de Lage

La FabricA / Orlando ou l’Impatience / texte et mes Olivier Py Gymnase Paul Giéra / Vitrioli / de Yannis Mavritsakis / mes Olivier Py Chapelle des Pénitents blancs / La jeune Fille, le Diable et le Moulin / d’après les contes des frères Grimm / mes Olivier Py

Publié le 23 juin 2014 - N° 222

Olivier Py, nouveau directeur du Festival d’Avignon après Hortense Archambault et Vincent Baudriller, propose une stimulante 68ème édition, et met en scène trois spectacles.  

Quel est le visage de cette édition 2014 ?

Olivier Py : Le Festival est un lieu de pensée, de conscience politique, qui ne résume pas le monde en termes de pensées binaires épuisantes mais bien au contraire nous invite au dépassement, franchit les limites sociales et esthétiques, ouvre vers un imaginaire en action. L’indiscipline des artistes invente le Festival. La programmation n’est pas une vitrine, elle a une cohérence, une identité, chaque année différente. Cette édition, qui compte une grande part de créations, accorde une large place à l’émergence et la découverte. Vingt-cinq artistes ne sont jamais venus au Festival, et plusieurs spectacles sont créés avec les élèves des écoles de théâtre de Saint-Etienne, Cannes ou Avignon. Nous programmons aussi du théâtre jeune public, c’est un facteur de mixité sociale et ce lien à l’enfance m’est très cher. Divers focus se distinguent, et nous présentons notamment plusieurs poètes et artistes grecs. Des artistes des cinq continents reflètent cette année la dimension internationale du festival, et si nous connaissons bien l’axe Est Ouest en Europe, il est important de construire aussi l’axe Nord Sud. Le Festival commence avec Le Prince de Hombourg de Kleist, une œuvre qui fait partie du répertoire vilarien, dans  une mise en scène de Giorgio Barberio Corsetti avec des acteurs français et belges. Cette pièce européenne revendique une culture cosmopolite et universaliste.

Les enjeux sont autant artistiques que politiques…

O. P. : Les plateaux sont peut-être le dernier endroit où les poètes ont une place rayonnante dans la cité. Le théâtre comme la cité a absolument besoin des poètes et les poètes ont absolument besoin du théâtre ! La culture et le politique sont reliés, l’un comme l’autre apporte du sens, et à défaut sombre dans une faillite. On m’a beaucoup dit que les artistes ne devraient pas prendre la parole politiquement, mais travailler sans conscience politique revient à être un artiste décoratif. Ce n’est pas un art décoratif que nous voulons promouvoir mais un art qui a du sens, un art ouvert qui se partage par tous. Au-delà des contraintes économiques, la politique culturelle incarne les fondamentaux de notre organisation commune. Notre avenir passe par la culture.

« Notre avenir passe par la culture. »

Que recherchent les spectateurs selon vous ?

O. P. : Je crois que les spectateurs recherchent des artistes sincères qui essaient d’exprimer leur vérité, même si elle est fragile, douloureuse, inquiète. Comme Jean Vilar, je pense que le dialogue entre l’œuvre et le public est primordial. J’ai d’ailleurs toujours été sauvé par le public dans mon parcours, La Servante, Le Visage d’Orphée ou Les Enfants de Saturne ont existé grâce au public. Le Festival constitue un moment privilégié de rencontre entre le public et les oeuvres, et réfléchit un rapport aux autres et au monde.

Que raconte Orlando ou l’Impatience que vous créez à l’occasion du Festival ?

O. P. : C’est une comédie dans laquelle un jeune homme recherche son père et rencontre des figures de pères possibles. En partie autobiographique, ce portrait et cette quête ne sont pas du tout de l’autofiction. Ces pères successifs évoquent plusieurs définitions et visages du théâtre : politique, poétique, métaphysique, clownesque, pour enfants… Le jeune homme entretient aussi tout au long de son parcours théâtral un dialogue avec le ministre de la Culture, qui est un dialogue entre le poète et le politique. C’est l’une de mes obsessions… Je crois que sur les plateaux de théâtre aujourd’hui, le théâtre dans son aspect spirituel, politique, littéraire et dramatique est mis en minorité par rapport au spectacle. Je fais cette opposition entre spectacle et théâtre. Je le vois, les acteurs sont mis en minorité et ont moins de travail. On parle de théâtre post-dramatique, mais je pense qu’il y a un théâtre a-dramatique.

Vous recréez La jeune Fille, le Diable et le Moulin pour jeune public d’après les contes de Grimm, et vous présentez aussi Vitrioli de Yannis Mavritsakis…

O. P. : C’est un texte très beau, que j’ai créé à Athènes avec sept acteurs grecs, qui ont tous joué dans des registres tragiques. L’histoire est une sorte de métaphore de la situation de la Grèce. C’est le cri de désespoir d’une génération perdue.

En quels termes concevez-vous le rayonnement du Festival ?

O. P. : Le Festival doit s’affirmer à l’échelle internationale et à l’échelle locale. Ces deux dimensions sont essentielles. Le Festival est un garant d’universalité, voué à abolir toutes sortes de frontières, et le public d’ici et d’ailleurs doit s’y reconnaître. Jean Vilar souhaitait faire tomber les murs qui séparent culturellement les différentes classes de la société française. Je ne pense pas qu’on puisse encore parler en termes de classes, les frontières de la cartographie culturelle et sociale se sont diversifiées et complexifiées. Nous voulons agrandir le public local et développer la décentralisation du centre vers la périphérie ; les équipes artistiques qui travaillent toute l’année à la FabricA, situé à un kilomètre des remparts, participent à des actions de sensibilisation. Il s’agit d’élargir le public non pas en termes quantitatifs – je doute qu’on puisse faire beaucoup plus que 130000 spectateurs –  mais en termes de mixité, en luttant contre les logiques d’auto-exclusion. C’est pourquoi nous baissons certains tarifs, créons un abonnement jeune et simplifions l’accès à la billetterie. Compte tenu des contraintes budgétaires actuelles et du budget du Festival sous-subventionné, la marge de manœuvre est vraiment très étroite. Mais le public est une force incroyable et c’est pour le public que les subventions existent ; et je fais confiance aux œuvres et aux artistes pour convaincre et attirer de nouveaux spectateurs.

 

Propos recueillis par Agnès Santi

A propos de l'événement

Orlando ou l’Impatience
du Samedi 5 juillet 2014 au Dimanche 27 juillet 2014
La Fabrica
55 Avenue Eisenhower, 84000 Avignon, France

Festival d’Avignon. Orlando ou l’Impatience, du 5 au 16 juillet à 18h, relâche les 8 et 13. Durée : 3h30. Vitrioli, du 10 au 19 juillet à 22h. Durée : 1h30. En grec surtitré. La jeune Fille, le Diable et le Moulin, le 23 juillet à 15H, du 24 au 27 juillet à 11h et 15h. Durée : 50 minutes. Tél :  04 90 14 14 14.


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