La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Trois femmes (L’échappée) de Catherine Anne

Trois femmes (L’échappée) de Catherine Anne - Critique sortie Théâtre Paris Lucernaire
L’autrice et metteuse en scène Catherine Anne, directrice artistique de la Compagnie A brûle-pourpoint. Crédit : DR

Entretien / Catherine Anne
Lucernaire / texte et mes Catherine Anne

Publié le 28 octobre 2019 - N° 281

Vingt ans après avoir créé, en 1999, Trois femmes (L’échappée)*, Catherine Anne signe une nouvelle mise en scène de sa pièce avec Milena Csergo, Catherine Hiegel et Clotilde Mollet. Une comédie tranchante qui s’inscrit dans une saison 2019/2020 riche et résolument féministe de la Compagnie A brûle-pourpoint.

Quel cheminement vous a amenée à présenter, aujourd’hui, une nouvelle version de Trois femmes (L’échappée) ?

Catherine Anne : Un cheminement qui, avant de mener à ce nouveau projet, est passé par la création, en janvier 2018, de J’ai rêvé la révolution**, une pièce inspirée d’Olympes de Gouge. Ce cheminement m’a permis de prendre conscience de choses que je vivais depuis toujours, mais qui m’avaient jusque-là en partie échappé. Je veux parler d’une forme d’assignation, d’empêchement, liée à la condition féminine.

 

Comment expliquez-vous que ce déterminisme vous soit apparu tardivement ?

C. A. : J’ai eu un parcours assez beau, de nombreuses possibilités se sont offertes à moi. Quand j’étais une très jeune femme, et même au début de ma vie professionnelle, je n’ai jamais eu le sentiment d’être freinée ou entravée par le fait d’être une femme. Et puis, le temps passant, après avoir dirigé le Théâtre de l’Est Parisien (ndlr, de 2002 à 2011), après avoir effectué un Master en « études de genre », j’ai peu à peu réalisé, en profondeur, que la prévalence masculine et les contraintes qui s’imposent aux femmes étaient des réalités. Après avoir créé J’ai rêvé la révolution, j’ai voulu continuer à mettre en lumière cette prise de conscience.

 

C’est alors que vous avez repensé à Trois femmes (L’échappée) ?

C. A. : Oui. Et j’ai réalisé qu’au moment où j’ai écrit cette pièce, alors que je n’étais pas du tout dans la démarche féministe dans laquelle je suis aujourd’hui, j’avais pourtant déjà pour projet d’écrire une pièce qui comporte uniquement des personnages de femmes. Des femmes dont les relations ne seraient pas reliées à des hommes ou à des histoires d’amour avec des hommes. C’était, pour moi, une façon claire d’affirmer qu’il se passait, de femme à femme, des tas de choses qui ne concernaient pas directement les hommes. Et tout à coup, 20 ans plus tard, cette pièce m’est apparue extrêmement proche de toutes les questions féministes qui traversent et interrogent, aujourd’hui, notre société. J’ai été frappée par son actualité et la façon dont elle me touchait.

 

« Trois femmes (L’échappée) est une comédie qui mêle enjeux affectifs et enjeux économiques. »

 

Qu’est-ce qui vous touche particulièrement dans ce texte ?

C. A. : Ce qu’elle raconte et comment elle le raconte. Ce qu’elle dit sur les rapports entre les riches et les pauvres, sur les rapports entre trois femmes appartenant à trois générations différentes, sur la notion d’abandon, sur le sentiment de solitude que l’on peut avoir, sur le rapport à la vieillesse, la peur de la mort, l’envie de vivre, la difficulté de se faire une place dans la société quand on est jeune et issu d’une classe populaire… Malgré toutes ces choses profondes, Trois femmes (L’échappée) est une comédie extrêmement jouissive, une comédie qui mêle enjeux affectifs et enjeux économiques, une comédie au sein de laquelle la question de l’argent est brûlante.

 

Comment avez-vous abordé cette recréation ?

C. A. : Mettre en scène pour la seconde fois un texte que j’ai écrit il y a 20 ans, c’est pour moi presque comme travailler sur une pièce du répertoire. Trois femmes (L’échappée) s’est détachée de moi. D’une certaine façon, elle m’est un peu étrangère. Ce qui me permet d’avoir un rapport de mise en scène différent. Aujourd’hui, j’investis davantage la question de la représentation théâtrale.

 

Quelles nouvelles perspectives de mise en scène explorez-vous ?

C. A. : D’abord, des perspectives de plateau. La création d’aujourd’hui est plus beaucoup forte, beaucoup plus élaborée d’un point de vue scénique (ndlr, la scénographie est d’Élodie Quenouillère). Elle instaure un rapport différent au réalisme, renforce tout ce qui est de l’ordre du rêve, de l’apparition, du trouble… Mais il y aussi, et surtout, trois nouvelles interprètes, qui sont des comédiennes exceptionnelles : Catherine Hiegel, Clotilde Mollet et Milena Csergo. Chacune d’entre elles s’empare de son personnage avec une grande force, une grande singularité.

 

Parallèlement à Trois femmes (L’échappée), vous présentez cette saison deux autres spectacles interrogeant la condition féminine…

C. A. : Oui, nous reprenons J’ai rêvé la révolution, qui se jouera notamment dans la grande salle de L’Epée de Bois. Et puis, nous reprenons également Liberté, Egalité, Parité, un court spectacle né suite à une commande d’écriture de Fabien Bergès, le directeur du Théâtre du Sillon à Clermont l’Hérault. C’est un spectacle d’intervention qui traite de la place des femmes en politique. Nous le jouerons en partenariat avec la Ligue de l’Enseignement de Paris.

 

Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat

* Texte publié chez Actes Sud – Papiers.

** Critique dans La Terrasse n° 262, février 2018.

A propos de l'événement

Trois femmes (L’échappée)
du Mercredi 27 novembre 2019 au Dimanche 5 janvier 2020
Lucernaire
53 rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris

Du mardi au samedi à 19h, le dimanche à 16h. Tél. 01 45 44 57 34. www.lucernaire.fr


Egalement du 6 au 8 novembre 2019 au Théâtre La Renaissance à Oullins, du 13 au 15 novembre aux Scènes du Golfe à Arradon, du 19 au 22 novembre à la Comédie de Saint-Etienne, les 5 et 6 mai 2020 au Théâtre Montansier à Versailles, du 12 au 16 mai à la MC2 à Grenoble.


J’ai rêvé la Révolution : du 29 au 31 janvier 2020 à la Comédie de Picardie, du 27 février au 8 mars au Théâtre de l’Epée de Bois à la Cartoucherie de Vincennes, le 17 mars à la Ferme de Bel Ebat à Guyancourt, le 20 mars au Forum Meyrin à Genève, le 24 mars au Théâtre Valère à Sion.


Liberté, Egalité, Parité : du 3 au 6 février 2020 à La Nouvelle Athènes à Paris.


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