La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

How deep is your usage de l’art ? (nature morte), conception Antoine Franchet, Benoît Lambert, Jean-Charles Massera

How deep is your usage de l’art ? (nature morte), conception Antoine Franchet, Benoît Lambert, Jean-Charles Massera - Critique sortie Théâtre DIJON THEATRE DIJON BOURGOGNE
Vincent Arbelet

conception Antoine Franchet, Benoît Lambert, Jean-Charles Massera

Publié le 29 octobre 2019 - N° 281

Quelque dix ans après We are l’Europe et Que faire ? (Le Retour), Benoît Lambert, Jean-Charles Massera et Antoine Franchet font à nouveau théâtre ensemble en explorant les usages de l’art. Une approche poétique nourrie d’idées, récits et télescopages passionnants.

Comment cette nouvelle collaboration s’est-elle mise en place ?

Benoît Lambert : Il nous a fallu du temps avant de refaire quelque chose ensemble ! Après le succès de We are la France, We are l’Europe et Que faire ? (Le Retour), qui posaient un diagnostic sur l’état des imaginaires politiques, nous avons voulu reprendre un travail en commun et aborder la question de l’art. Nous ne nous intéressons pas au travail de l’art mais à ses usages, de façon très ouverte, non préméditée. L’art, ça fait quoi ? Qu’est-ce qui subsiste suite à telle ou telle expérience esthétique ? On émet toujours des hypothèses, sans savoir vraiment si elles se vérifient. A l’écoute de l’imaginaire, la question s’oppose d’emblée à l’idée d’un “bon usage“ de l’art. Nous nous sommes notamment inspirés des travaux de Michel de Certeau (1925-1986), qui a étudié les pratiques et usages culturels et, contrairement à Michel Foucault, développe l’idée d’une possibilité de « braconnage culturel » contre les normes inculquées et les chemins balisés.

« Nous tentons un pari poétique à l’inverse d’une logique documentaire. »

Qu’est-ce qui structure le spectacle ? 

B.L. : C’est la proposition scénographique d’Antoine Franchet, avec lequel je travaille depuis 25 ans et que j’admire beaucoup, qui a constitué la première pierre de l’édifice. Avec l’écrivain Jean-Charles Massera, nous fabriquons le spectacle à partir de l’exploration des matériaux, éléments et objets divers qui composent l’espace et évoluent. Anne Cuisenier, Guillaume Hincky et Elisabeth Hölzle, comédiens complices de longue date, sont accompagnés par quatre jeunes acteurs issus de l’Ecole de Bordeaux Aquitaine et en contrat de professionnalisation au Théâtre Dijon Bourgogne – Marion Cadeau, Léopold Faurisson, Shanee Krön et Alexandre Liberati. La confrontation générationnelle révèle divers rapports à l’art : une différence actuellement moins structurante entre culture savante et culture populaire, des modes de narration toujours plus marqués par l’immédiateté, etc. Ensemble, nous construisons un puzzle aux multiples pièces.

De quelle manière avez-vous procédé ?

B.L. : Nous avons voulu éviter la piste documentaire, si répandue dans le théâtre d’aujourd’hui, et que nous avons, à notre manière singulière, déjà pratiquée. Le parti pris théâtral fondé sur divers descriptifs d’expériences a ici rapidement rencontré ses limites. Nous n’avons donc pas pris appui sur la certification du réel afin de privilégier une autre hypothèse : nous tentons un pari poétique à l’inverse d’une logique documentaire. Notre spectacle, facétieux plutôt que solennel, s’élève contre la mélancolie, souhaite faire naître un rire qui ne soit pas un ricanement. Je crois beaucoup à la puissance du rire. Parvenons-nous à faire rire sans être dans la parodie et le ricanement ? A faire émerger la sensation d’une transcendance dans un monde définitivement matérialiste ? A créer un accueil de la fragilité qui ne soit pas une façon de dire que nous sommes tous des nuls, ce qui constitue l’un des gimmicks de l’art contemporain ? Ces questions définissent les enjeux du spectacle.

Propos recueillis par Agnès Santi

 

A propos de l'événement

How deep is your usage de l’art ?
du Mercredi 6 novembre 2019 au Mercredi 20 novembre 2019
THEATRE DIJON BOURGOGNE
Parvis Saint-Jean, rue Danton, 21000 Dijon.

Du 6 au 20 novembre à 20h sauf le vendredi à 18h30 et le samedi à 17h. Relâche le dimanche et lundi 11 novembre. Tél : 03 80 68 47 47.


x

Suivez-nous pour ne rien manquer sur le Théâtre

Inscrivez-vous à la newsletter

x
La newsletter de la  Terrasse

Abonnez-vous à la newsletter

Recevez notre sélection d'articles sur le Théâtre