La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Avignon - Entretien Ivan Morane

Triptyque estival

Triptyque estival - Critique sortie Avignon / 2014 Avignon Théâtre des Halles
Crédit photo : Fix

Théâtre des Halles / Du luxe et de l’impuissance / De Jean-Luc Lagarce / mes Ivan Morane Théâtre du Chêne Noir / Faire danser les alligators sur la flûte de Pan / d’après la correspondance de Céline / mes Ivan Morane Théâtre du Chêne Noir / La Chute / d’après le roman d’Albert Camus adapté par Catherine Camus / mes Ivan Morane

Ivan Morane présente trois spectacles : La Chute, qu’il interprète, Faire danser les alligators sur la flûte de Pan, interprété par Denis Lavant, et Du luxe et de l’impuissance, où Jean-Charles Mouveaux incarne Jean-Luc Lagarce.

Vous présentez trois spectacles à Avignon cet été.

Ivan Morane : Il y a deux créations et une reprise. La reprise, c’est un spectacle créé à partir d’un montage de la correspondance de Céline : Faire danser les alligators sur la flûte de Pan. Joué plus d’une cinquantaine de fois, ce spectacle commence à avoir la vie qu’il mérite. Créé en janvier 2011, il n’a pas été simple de le faire tourner après l’interdiction des cérémonies officielles du cinquantenaire de la mort de Céline. Grâce à son succès à la Cartoucherie, il a commencé à vivre sa vie. On a souhaité lui redonner une visibilité à Avignon afin qu’il reparte en tournée. Il sera repris en décembre et janvier prochains au Théâtre de l’Œuvre, à Paris. Les deux créations, c’est La Chute, d’Albert Camus, dans l’adaptation de Catherine Camus, spectacle que j’interprète au Chêne Noir, et Du luxe et de l’impuissance, textes de Jean-Luc Lagarce, jamais portés sur la scène. Ce recueil regroupe les articles et éditoriaux écrits par Lagarce pour des théâtres et des revues. Ce spectacle est interprété par Jean-Charles Mouveaux, à 16h, au Théâtre des Halles. Ces deux spectacles seront repris au Théâtre des Déchargeurs, à Paris, où notre compagnie sera en résidence, du 30 septembre au 22 novembre 2014.

« Rien de formel, de forcé, pas de théâtralité montrée ou jouée. »

Quoi de commun entre ces deux créations ?

I. M. : Il y a une ressemblance formelle entre les deux, puisque ce sont des solos, et, à l’origine, des textes non théâtraux. J’ai très clairement souhaité créer deux grands textes : La Chute, texte connu et reconnu, et ces textes de Lagarce, qui renferment une très grande théâtralité. Non seulement parce qu’ils parlent du théâtre, mais aussi parce que Lagarce y parle de lui-même et du sens de son action alors qu’il sent et sait que la mort se rapproche. J’ai donc organisé la scénographie autour de cela. Je suis très heureux et rassuré car, théâtralement, ces textes réunis fonctionnent comme un monologue. Les questions qu’y aborde Lagarce sur la vie et l’engagement rejoignent, quarante ans après, celles que pose Camus dans La Chute. C’est pourquoi j’ai monté ces deux spectacles en même temps, dans un même esprit de direction d’acteur. Jean-Charles Mouveaux, qui interprète Lagarce, est mon assistant pour La Chute. Son regard me ramène à ce même type de jeu dépouillé, simple et très fort.

Quoi de commun entre ces deux textes ?

I. M. : On peut évidemment ramener La Chute à l’époque où Camus a vécu, mais on peut aussi sortir du contexte historique. Aujourd’hui, le cynisme dont il est question dans ce texte, la prise de conscience du non-engagement (ce qu’on laisse faire quand on s’enferme dans l’art pour l’art, par exemple, dans nos métiers) éclairent notre époque où il faudrait avoir davantage le courage d’intervenir. Le personnage de Camus ne donne aucune réponse mais pose des questions avec une théâtralité non voulue qui est formidable. J’ai vraiment souhaité en faire un personnage aussi réel que Lagarce. Dans les deux cas, il n’y a aucune théâtralité extérieure dans le jeu. Scéniquement, il n’y a rien de formel, de forcé, pas de théâtralité montrée ou jouée. Tout se crée dans une proximité directe et très simple avec le public.

 

Propos recueillis par Catherine Robert

A propos de l'événement

La Chute, Faire danser les alligators sur la flûte de Pan, Du luxe et de l’impuissance
du Samedi 5 juillet 2014 au Dimanche 27 juillet 2014
Théâtre des Halles
Rue du Roi René, 84000 Avignon, France

Avignon Off. Théâtre des Halles, rue du Roi René. Du 5 au 27 juillet, à 16h (relâche le 16 juillet). Tél. : 04 32 76 24 51. Théâtre du Chêne Noir, 8bis, rue Sainte-Catherine. Du 5 au 27 juillet, à 11h (Camus) et 20h15 (Céline). Tél. : 04 90 86 74 87.


x

Suivez-nous pour ne rien manquer sur Avignon

Inscrivez-vous à la newsletter

x
La newsletter de la  Terrasse

Abonnez-vous à la newsletter

Recevez notre sélection d'articles sur Avignon en Scènes