Avec « Maintenant je n’écris plus qu’en français », Viktor Kyrylov, jeune ukrainien, partage son récit intime et touchant
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critique-danse-théâtre Avignon 2026
Après Médée et Roméo et Juliette, Ben Duke s’attaque à la figure d’Hamlet dans un spectacle remarquable qu’il interprète avec les excellents Miguel Altunaga et Hannah Shepherd.
Pourquoi continuons-nous encore et encore de jouer et d’adapter Hamlet ? Est-ce par habitude ou parce que ce plus que fameux drame Shakespearien est toujours pertinent aujourd’hui ? C’est à cette question que tente de répondre Ben Duke avec The Last Hamlet, en mêlant comme à son habitude danse et théâtre pour mieux entrelacer humour et drame, réflexion et émotion. La metteuse en scène Katie Mitchell – compatriote de Ben Duke et autrice d’Ophelias Zimmer qui prenait le parti de l’amoureuse d’Hamlet en nous la montrant prisonnière de sa chambre et de l’intrigue – ne cesse de le marteler par le truchement d’une radio : Hamlet est dépressif et misogyne, il y en a ras le bol ! Alors celui-ci, comédien jouant son propre rôle, campé par un Ben Duke aussi brillant lorsqu’il manie le verbe que lorsqu’il déploie son corps, s’efforce d’atteindre ce maudit appareil pour l’éteindre. Mais rien n’y fait, c’est dans l’air du temps, Hamlet n’est plus conforme à la façon dont nous voulons appréhender les relations homme-femme et les problématiques de genre. Alors on offre à notre héros une ultime représentation pour narrer son histoire, mais peu de financement, coupes budgétaires obligent. « Être ou ne pas être : telle est la question. » Qui est posée d’emblée car comme lorsqu’il est allé voir Bodyguard et qu’il espérait I will always love you, notre protagoniste sait bien que c’est ce que son public attend.
Hamlet à l’aune de nos problématiques contemporaines
Lors de ce dernier tour de piste, Hamlet entend bien plaider sa cause. D’abord il sait faire avec peu de moyens. Les autres personnages seront représentés par diverses peluches sorties d’un mur de cartons qui servira également d’écran de projection : son ami Horatio en petit dragon vert, le secrétaire d’État Polonius en gros ours brun, sa mère Gertrude en oie imposante, et l’oncle et roi Claudius en… serpent ! Et s’il est déprimé c’est qu’il y a de quoi. Il a surpris, enfant, les amours de sa mère et de son oncle, il a perdu son père, n’a pas pu se rendre à son enterrement car après avoir tenté l’humanitaire au Soudan, il s’est offert une retraite silencieuse, n’a pas reçu le message à temps, a peiné à louer une voiture pour rentrer fissa au château d’Elseneur. Ce faisant le metteur en scène Ben Duke interroge le pouvoir du théâtre – que peut la plus belle tirade de Shakespeare face à un enfant mutilé au Soudan ? – et revisite, intelligemment et délicatement, le mythe à l’aune de notre vision et de nos problématiques contemporaines. Et si le fantôme d’Hamlet père était victime de la maladie d’Alzheimer ? Et si nous prenions le parti d’Ophélie et que c’était elle qui plaquait Hamlet ? Et si nous arrêtions la spirale de la violence en cessant de dire « Tu seras un homme, mon fils ». Et il le fait de la meilleure des manières, avec une inventivité sans faille qui multiplie les surprises, la fantaisie et les traits d’humour, avec des séquences dansées qu’il partage avec Miguel Altunaga et Hannah Shepherd et qui, de déséquilibres en étreintes, nous bouleversent. Du grand spectacle !
Delphine Baffour
Jusqu’au 24 juillet à 22h, relâche le 19 juillet. Tél. 04 90 14 14 14. Durée : 1h40.
Théâtre de La Ville – Les Abbesses. 31 rue des Abbesses, 75018 Paris. Du 22 au 30 septembre à 20h, relâche le 27 septembre. Tél. 01 42 74 22 77.
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