La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Sweet Home

Sweet Home - Critique sortie Théâtre
Légende : Lily et Martin (Valérie Dashwood et Thomas Durand) tentent d’affronter le deuil de leur mère.

Publié le 10 février 2009

Des enfants grandissent et tentent d’exorciser les douleurs et les secrets par les mots, mais la mise en scène ne parvient pas à saisir la vérité de leur difficile tentative d’émancipation.

Trois frères et sœurs et un ami d’enfance parlent, se parlent ou monologuent, tentant d’exorciser par les mots un passé affreusement douloureux puisque la mère des trois enfants – Lily et Vincent, jumeaux, et Martin, bien plus petit, se souvenant peu d’elle – a mis fin à ses jours après une longue dépression. Les parents ont connu “une morne cohabitation“ sans fantaisie ni amour. Ce sont des enfants minés par un immense sentiment de perte, par les silences, les secrets, les dérobades et les blessures, que le texte d’Arnaud Cathrine exprime avec une fluidité délicate qui pourtant laisse entendre la violence et la puissance des traumatismes. “Trois enfants, trois aberrations “ dira l’un d’eux. La scénographie, avec projections vidéo illustratives de mer ou de ciel lunaire, une deuxième aire de jeu surélevée, et un assemblage très alambiqué d’escaliers, rappelle la maison familiale de l’enfance, au bord de la Manche, avec sa falaise, ses dangers et ses envies de s’échapper du foyer familial. Un décor plus tourné vers une extériorité un peu trop figurative que vers une intériorité mentale.

“Ce qui reste entre les vivants“

La mise en scène de Jean-Pierre Garnier ne parvient pas à restituer les tensions entre les personnages, à se plonger au cœur de ces relations humaines difficiles, et semble rester à la surface des choses et des êtres, dans une représentation trop figée dans des postures pour dire toute la souffrance de ces jeunes tentant d’effectuer un travail de deuil, de grandir et de s’émanciper enfin des douleurs du passé. La pièce a ainsi une tonalité distancée par rapport à un réel bouleversant, peut-être trop en adresse au public et pas assez concentrée sur les rapports entre les personnages. Les comédiens pourtant jouent bien le jeu. Sylvain Dieuaide est Nathan, l’ami d’enfance émouvant aux rêves d’artificier et de voyage. Valérie Dashwood est Lily, la grande sœur, Thibault de Montalembert est Vincent, l’écrivain, et Thomas Durand est Martin, le petit dernier surprotégé et surexposé en même temps, confronté à d’immenses parts d’ombre. Chacun tente de trouver sa place dans le monde, s’interroge sur “ce qui reste entre les vivants“ après la disparition de la mère, mais la parole et la représentation scénique, peut-être prisonnière de son artificialité, ne jouent pas le rôle escompté, ne parviennent pas à faire résonner l’intime.

Agnès Santi


Sweet Home de Arnaud Cathrine, adaptation et mise en scène Jean-Pierre Garnier, du 16 janvier au 15 février, du mardi au samedi à 20H, dimanche à 16H30, au Théâtre de la Tempête, Cartoucherie, 75012 Paris. Tél : 01 43 28 36 36.

A propos de l'événement



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