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"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Danse

Suresnes Cités Danse 2008

Suresnes Cités Danse 2008 - Critique sortie Danse

Publié le 10 janvier 2008

Avec l’ouverture de Cités Danse Connexions, le festival se dote d’un pôle professionnel de formation, de production et de diffusion du hip-hop. Une première !

Ça bouge dans le hip-hop ! Contre les gris esprits qui ne voudraient y voir qu’un mieux disant social ou le pratique alibi concédé aux injonctions populaires, le mouvement continue d’inventer. « Le hip-hop a connu une fantastique évolution grâce à la progression technique des danseurs, à la maturation des propositions artistiques et à l’émergence de chorégraphes très inventifs », se réjouit Olivier Meyer, qui bouscula les frileuses habitudes en lançant Suresnes Cités Danse en 1993. Une époque où la danse issue des quartiers restait cantonnée au parvis bétonné des théâtres, sous la tatillonne surveillance de conservateurs dressés sur leur quant-à-soi culturel. Dès la première édition du festival, le directeur du Théâtre de Suresnes Jean Vilar traça la ligne de perspective d’un événement résolu à donner droit de cité au hip hop tout en évitant la ghettoïsation par la confrontation avec d’autres esthétiques chorégraphiques. « L’art se moque des frontières. L’histoire du jazz montre combien les échanges et les emprunts sont fructueux. Qu’est-ce que cette manie bourgeoise d’enfermer les artistes dans des tiroirs ? ». Avec l’ouverture, en décembre dernier, de Cités Danse Connexions, pôle professionnel de formation, de production et de diffusion de la danse hip hop, le festival innove encore et se dote d’un outil de travail précieux.
 
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La 16ème édition maintient le cap de l’ambition, avec six créations à l’affiche. En témoigne le programme de Cités Danse Variations, qui invite des chorégraphes contemporains à créer pour des interprètes hip-hop. Malicieux en diable, Amala Dianor épingle le zapping permanent avec une insolence qui recycle ratages et occasions perdues dans la course à la consommation. L’israélien Emanuel Gat a, lui, choisi de laisser venir l’écriture de Windungen sur la page blanche du plateau. Pour Générations Cité Danse, Marie-Agnès Gillot, étoile de l’Opéra de Paris, reprend Les rares différences, trio inspiré de l’œuvre de Rodin, tandis que Régis Obadia donne Four men (and woman), nouvelle version d’un quatuor métissé. Le mélange des techniques dessine aussi la trame de l’Urban Ballet, d’Anthony Egéa, fondateur de Rêvolution, qui dévoile quatre visions du corps au prisme d’une gestuelle hybride. Mourad Merzouki vise le processus de création dont il défait les mailles dans Tricôté. Quant à Kader Attou (lire aussi notre entretien dans ce numéro), il fouille dans sa mémoire pour y puiser les saveurs douces-amères de ses Petites Histoires.com. Emblématique de ces démarches qui croisent les genres et mêlent des artistes d’horizons divers, Sébastien Lefrançois s’est acoquiné avec Shakespeare pour un Roméos et Juliettes d’une réjouissante liberté. Pour ce spectacle, il s’est entouré de la dramaturge Magali Leiris, du compositeur Laurent Couson, du scénographe Giulio Lichtner… Autant de rencontres qui bousculent les routines disciplinaires. Sans négliger la performance, éclatante dans Transe de Wanted Posse et Unis-Vers d’Azaria, le festival Suresnes Cités Danse creuse le sillon de l’avenir : celui d’un hip hop pluriel toujours sur le qui-vive de la création.
 
Gwénola David


Suresnes Cités Danse, du 12 janvier au 6 février 2008, au Théâtre de Suresnes Jean Vilar, 16 place Stalingrad, 92150 Suresnes. Rens. 01 46 97 98 10 et www.suresnes-cites-danse.com. Navette gratuite au départ de Paris (angle de l’avenue Hoche et de la place Charles de Gaulle-Etoile), 45 mn précises avant l’heure de la représentation. Retour assuré après la représentation.

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