La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Stéphane Braunschweig

Stéphane Braunschweig - Critique sortie Théâtre
Photo : Elizabeth Carecchio

Publié le 10 novembre 2009

Une maison de poupée et Rosmersholm, des histoires de rupture.

Stéphane Braunschweig, metteur en scène et directeur du Théâtre National de la Colline, poursuit sa traversée de l’œuvre d’Ibsen avec Une maison de poupée et Rosmersholm, deux pièces en miroir, s’intégrant dans la problématique explorée cette saison au théâtre de la Colline, intitulée Rêves d’héroïsme et de radicalité.

«  Pour Ibsen, l’épanouissement individuel ne peut advenir que dans la rupture avec l’héritage. »
 
Après Peer Gynt, les Revenants et Brand, vous parcourez l’oeuvre du dramaturge norvégien Ibsen.
Stéphane Braunschweig : Ibsen est un auteur dont je connais l’œuvre homogène qui décline une même problématique sous des angles variés. Plus jeune, je considérais ce théâtre comme bourgeois et ses questionnements sociaux et moraux comme datés, si ce n’est le poème épique à part Peer Gynt que j’ai travaillé en 1996. Or, après avoir lu le théâtre d’Ibsen, je me suis aperçu que Peer Gynt contenait les thèmes matriciels des pièces ultérieures. Je me suis passionné pour cet auteur, dont j’ai monté Les Revenants,puis un autre poème épique Brand. Je présente aujourd’hui Une maison de poupée, piècetrès connue, en miroir avec Rosmersholm,moins connue. Le diptyque est à voir séparément ou intégralement. Les pièces sont traversées par les mêmes questions à l’intérieur d’un projet plus large pour cette saison à La Colline, qui s’intitule « Rêves d’héroïsme et de radicalité ».

Les personnages d’Ibsen sont-ils héroïques ?
S. B. : Quand on aborde Une maison de poupée – un univers assez apaisé à travers un couple qui vit une harmonie du quotidien liée à de petits compromis -, on s’aperçoit que Nora, le personnage féminin a une double vie qui la conduit à se rêver l’héroïne d’une autre existence où elle serait la salvatrice de son mari. Ce portrait héroïque qu’elle se fait d’elle-même la conduit, après beaucoup de désillusions, de masques tombés et d’envies de suicide, à poser un geste radical : quitter son mari et ses enfants. À l’inverse dans Rosmersholm, on part d’une situation dans laquelle les personnages épousent davantage la radicalité. Le couple du pasteur Rosmer, dont l’épouse s’est suicidée un an auparavant, et de Rebecca West suscite étrangeté et interrogations. C’est un couple platonique, une amitié entre homme et femme, une relation qui se veut pure, fondée sur l’élévation de l’être humain. Or, le pasteur Rosmer est en rupture avec son projet qui se brise sur les transgressions de ces deux êtres. Rebecca a fasciné Freud, c’est un personnage mystérieux qui dévoile peu à peu sa personnalité et son histoire.

Comment se manifeste la radicalité dans l’œuvre d’Ibsen ?
S. B. : PourIbsen, l’épanouissement individuel ne peut advenir que dans la rupture avec l’héritage et l’hérédité. Peer Gynt veut être « soi-même », mais à force de détours et de fuites face à l’engagement, il ne fait que réaliser le rêve de sa mère qui le voulait roi du monde : il devient empereur de soi-même. Brand choisit d’emblée le refus de l’héritage, et Nora pose un acte de rupture avec son mari et à travers lui, avec son père. C’est la question posée de l’individualité et de l’individualisme, et le déni de l’idée qu’on serait le rêve de ses parents pour leur bon plaisir. Rosmersholm est cette propriété transmise en héritage de génération en génération de pasteurs. Rosmer rompt avec cette tradition. Les deux pièces sont reliées par cette radicalité.

Quel rôle jouent le compromis et le mensonge dans la vie des personnages ?
S. B. : Ibsen est lucide, on ne peut pas s’en sortir sans radicalité destructrice, et c’est une contradiction. Cette question ne semble pas réglée dans l’œuvre d’Ibsen, et en cela elle est très moderne. La relation de Nora et de son mari est visiblement fondée sur des masques. Peut-on fonder une vie sur des mensonges ? Les mensonges recouvrent des réalités inconscientes profondément enfouies qui, quand elles explosent, détruisent.
Propos recueillis par Véronique Hotte


Rosmersholm de Henrik Ibsen, mise en scène Stéphane Braunschweig, du 14 novembre au 20 décembre 2009, et du 9 au 16 janvier 2010, mercredi 19h30, vendredi 20h30, samedi 20h30 et dimanche 19h. Une maison de poupée, mardi 19h30, jeudi 20h30, samedi 17h, dimanche 15h30. Le samedi et le dimanche en intégrale. Au Théâtre de la Colline, 15 rue Malte Brun, 75020 Paris. Tél : 01 44 62 52 52.

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