Le Festival Interférences, dix-huit rendez-vous musicaux organisés par la FEVIS à L’Archivolte et à la Collection Lambert
Festival dans le festival, dix-huit [...]
Créée à Bonlieu, scène nationale d’Annecy, saluée dans la ferveur d’une standing ovation, la collaboration entre Mathilde Monnier et Lucie Antunes va résonner et bouleverser la quiétude de la Carrière de Boulbon.
Silence n’est évidemment pas à prendre au pied de la lettre, puisque l’espace et le temps vont être occupés en quasi-totalité par le son et la musicalité des corps en mouvement. Ce n’est pas la première fois que la compositrice Lucie Antunes travaille avec la danse. Mais ici, « collaboration » n’est pas un vain mot, et la scène devient vite le lieu d’un concert où tous les corps, musiciens ou danseurs, s’expriment dans la communauté d’une œuvre en construction. Au centre, entourée de ses instruments, de ses machines et de ses complices de l’électro Canblaster et Vega Voga, elle illumine le cercle qui scénographie l’espace. Après avoir célébré le « silence » de tout leur coffre dans un effet cathédrale, les danseurs et danseuses entament, sur ce disque vinyle dont il semble falloir creuser les microsillons, une danse circulaire, tel un long défilé. Les gestes des bras sont amples et ondulatoires, et la chorégraphie agit par vagues où chaque corps semble reprendre un aspect du geste du précédent danseur, transmettre son essence au suivant.
Une expérience collective
Une belle écriture, complexe, pose ses nuances tout au long du spectacle. On n’en attendait pas moins de Mathilde Monnier. Mais finalement, la surprise viendra de tous les interstices justement savamment orchestrés, où danse et musique forment la même expérience. Danseurs et danseuses chantent, jouent d’un instrument, du xylophone à la guitare, du poème à la poussée lyrique, et l’incroyable espace central où se chevauchent les instruments et se mélangent une foultitude de câbles devient le lieu d’une inclusion salvatrice. La communauté qui se forme devient un cœur battant qui communique son plaisir, ses savoirs; ses émotions, ses mystères aussi. Et, dans la montée en puissance de la musique de Lucie Antunes, ce cœur devient chœur, tout entier tendu dans un rythme commun, dans une intense pulsation électro. Le courant passe, les ondes gestuelles et sonores se divulguent par contamination pour amplifier l’expérience collective vers le public.
Nathalie Yokel
à 22h. Tél : 04 90 14 14 14. Durée : 1h20. Spectacle vu à Bonlieu, scène nationale d’Annecy.
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