Le Festival de Tragédies investit les Arènes de Cimiez
Du 16 juin au 4 juillet, le Théâtre national [...]
Hantée par les fantômes de l’époque révolutionnaire qui parlent et s’avancent jusqu’à notre présent, formidablement interprétée, cette nouvelle création de Lazare déploie un foisonnement débridé et touffu, une narration prolixe et fragmentée.
Quel avenir pour le désir de transformation d’une société marquée par l’injustice ? Si Lazare convoque le passé, c’est pour s’adresser au présent, faisant éclore des résonances, des échos, des reflets entre les crises et les époques. S’il a exploré au fil de ses créations la mémoire familiale, l’expérience coloniale ou les marges sociales, Lazare inaugure avec cette pièce un nouveau cycle qu’il intitule La Comédie du mauvais sang, dans une forme de continuité, en s’appuyant à nouveau sur une oralité débridée, sur l’élan de la musique et du chant. Pas de fil narratif linéaire ni de progression d’une histoire, plutôt un kaléidoscope bigarré et contrasté, un déploiement de fragments et d’éclats qui se succèdent et se répondent. Le plateau est hanté de fantômes venus de l’époque grandiose et terrible de la Révolution française, des fantômes de théâtre qui jubilent de l’énergie de leur jeu et de l’affirmation de la langue.
Les fantômes d’Olympe de Gouges et Jean-Paul Marat
Si une multitude de figures émergent et se confrontent – y compris Persée, Beaumarchais, Lafayette, et quelques animaux – deux personnages centraux sont distingués. Olympe de Gouges, éprise de liberté et d’égalité, qui défendit ardemment les droits des femmes et dénonça l’esclavage, née à Montauban en 1748, morte guillotinée en 1793. Ava Baya, qui sait aussi chanter et danser, incarne la magnifique et audacieuse Olympe avec un talent fou et une grâce virevoltante. Et Jean-Paul Marat (1743-1793), scientifique, fondateur et rédacteur du journal L’Ami du peuple, publié de 1789 à 1792, qui fut partisan de l’épée et des dénonciations des traîtres plutôt que des voies modérées en vue de libérer le peuple. C’est Denis Lavant, avec la virtuosité qu’on lui connaît, qui incarne Marat. Les deux comédiens interprètent aussi d’autres personnages au fil des scènes qui se succèdent, dans un foisonnement débridé, pas toujours facile à appréhender. Huit comédiens, Gabriel Tur excellent, Anne Baudoux complice émérite, Jérôme Billy, Myrtille Hetzel, Marion Malenfant, et Pierre Thionois, eux aussi excellents, interprètent une trentaine de personnages. À l’occasion teintées d’une veine poétique ou d’accents burlesques, parfois grandiloquentes voire potaches, les situations évitent l’écueil de l’ennui, grâce à l’énergie galvanisante des interprètes et à une mise en scène alerte, même si certaines scènes s’étirent un peu trop. Les chants et les moments musicaux sont joliment orchestrés. La pièce ressasse, insiste, démultiplie : elle s’élève contre le fossé persistant entre ceux qui ont tout et ceux qui n’ont rien, en plaidant pour la nécessité que ça change. Cependant, ce foisonnement et ces frottements tous azimuts ne parviennent pas à réaliser un tissage suffisamment net, à laisser prise au questionnement.
Agnès Santi
Du mercredi au samedi à 20h30 ; le mardi à 19h30. Tél. : 01 44 62 52 52. Durée : 3h15. Également du 11 au 13 février 2027 au Mixt – terrain d’arts en Loire-Atlantique ; 17 et 18 février 2027 à La Passerelle à Saint-Brieuc ; 1er et 2 avril 2027 à Bonlieu – Scène nationale d’Annecy ; du 14 au 16 avril 2027 au TNB – CDN ; 27 et 28 avril 2027 à L’Empreinte – Scène nationale de Brive-Tulle.
Du 16 juin au 4 juillet, le Théâtre national [...]