« Le Projet Barthes », une création de Sylvain Maurice avec le comédien Vincent Dissez unissant amoureusement l’art et la vie
Complices de longue date, le metteur en scène [...]
Après Jacques Chirac, François Mitterrand et Valéry Giscard d’Estaing, Léo Cohen-Paperman braque le projecteur sur deux présidents avec Sarkhollande (comédie identitaire). Formidablement interprétée, une traversée à vive allure de l’époque, entre un stand-upper, un clown et une Marianne à fort tempérament.
Contrairement aux précédents épisodes de la série Huit Rois (nos présidents) initiée en 2020, que nous n’avons pas vus – La Vie et la mort de J. Chirac, roi des Français, Génération Mitterrand et Le Dîner chez les français de V. Giscard d’Estaing, Sarkhollande (comédie identitaire) – réunit en un seul opus deux présidents de la Cinquième République : Nicolas Sarkozy et François Hollande. Le metteur en scène Léo Cohen-Paperman, co-auteur de la pièce avec Julien Campani et Clovis Fouin, a décidé de les rassembler dans le même spectacle à cause des points communs qu’il leur reconnaît. Présidents d’un seul quinquennat, tous deux ont « chacun à leur manière, désacralisé la fonction ». Ils ont aussi tous deux connu l’horreur des attentats, face auxquels les réponses politiques proposées, du Ministère de l’Identité Nationale à la déchéance de nationalité, ont fait naître des débats passionnés sur l’identité nationale. Le metteur en scène a structuré sa pièce en trois parties, Sarkozy en mode stand up divertissant au France Comedy Club, avec diction et mimiques au cordeau, suivi par Hollande en clown voué au ratage, inadapté au monde comme le sont les clowns, spécialiste de l’anaphore… Au fil de ces caricatures ironiques et décalées, on reconnaît aisément les allusions à divers moments repérés de leurs mandats. La remarquable interprétation de Clovis Fouin (Sarkozy) et Valentin Boraud (Hollande) accorde à chacun un relief plaisant.
Une Marianne tutélaire qui part en vrille
Ensuite place à un troisième personnage qui en impose, Léïla Merabet, jeune femme avec laquelle Nicolas Sarkozy a précédemment échangé quelques mots. La jeune comédienne virtuose qui l’interprète, Ada Harb, impressionne. Dans ce troisième acte, Léïla raconte sa vie depuis sa naissance, le 15 octobre 1983 à Livry-Gargan, en un flot de paroles hypnotique, aussi vif et tumultueux qu’un torrent. Elle figure une Marianne tutélaire, qui au-delà de la comédie, reflète les fractures et le chaos de l’époque, reliés au tragique des attentats et aux confrontations qui ont suivi. Elle raconte sa famille, ses parents et son frère Ahmed – le même nom que celui du policier qui a été assassiné 62 Boulevard Richard Lenoir le 7 janvier 2015, juste après l’attentat qui a décimé la rédaction de Charlie Hebdo. Leïla raconte son appétit de fête, sa vie de jeune avocate bûcheuse et flambeuse qui dîne dans des restaurants gastro le soir de la rupture du jeûne, tandis que sa mère lui demande de ne pas oublier… les enfants. Elle raconte ensuite comment elle est devenue mère d’une petite fille avec Ludovic – lui qui voulait l’appeler Marianne, elle qui voulait l’appeler Nour. Tout se déglingue, tout s’exacerbe, tout part en vrille dans ce récit de soi qui est aussi un récit sur les identités qui se cristallisent, sur une communauté et un couple qui se fracturent, sur la violence qui surgit partout. Fin de la comédie identitaire.
Agnès Santi
à 10h, relâche les vendredis. Theatredutrainbleu.fr. Durée : 1h40.
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