La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Avignon - Entretien / Arnaud Anckaert

Revolt. She said. Revolt again.

Revolt. She said. Revolt again. - Critique sortie Avignon / 2016 Avignon Avignon Off. La Manufacture

La Manufacture / De Alice Birch / mes Arnaud Anckaert

Publié le 26 juin 2016 - N° 245

Le Théâtre du Prisme, compagnie dirigée par Arnaud Anckaert et Capucine Lange, aime à révéler les infinies possibilités des écritures contemporaines. Première française, cette pièce percutante et surprenante de la jeune auteure Alice Birch invite à reconsidérer les rapports hommes / femmes.

Après Nick Payne, Lot Vekemans, Dennis Kelly,  vous mettez en scène un texte d’une jeune auteure anglaise inconnue en France. Quel est votre regard sur les nouvelles écritures ?

Arnaud Anckaert : Dès le début de la compagnie en 1998, nous avons affirmé notre intérêt pour les écritures contemporaines en prise avec le réel et pour le défrichage de textes inédits. Ce goût de la découverte nous a guidés vers des démarches volontaristes qui peu à peu ont forgé une expertise de plus en plus reconnue. C’est un effort important et un risque de travailler ainsi, mais nous sommes toujours heureux de ces nouvelles explorations ! J’aime particulièrement les écritures anglo-saxonnes, très concrètes et rythmées, inventant diverses compositions du langage parfois non-narratives. Ces œuvres dévoilent une façon d’écrire autant qu’une façon de penser. Samuel Beckett a ouvert la voie, et des auteurs comme Sarah Kane, Martin Crimp, Caryll Churchill ont mis en forme des écritures très novatrices. Nous avons découvert et fait traduire Constellations de Nick Payne, et Orphelins de Dennis Kelly, qui était un peu plus connu. Ces deux pièces alors inédites ont été saluées par la critique et tournent toujours, d’autres metteurs en scène s’en sont d’ailleurs emparés. Depuis 2013, tous les deux ans, nous mettons en place un Festival de lectures de théâtre contemporain intitulé Prise directe. Et depuis trois ans, nous sommes partenaires de la Comédie de Béthune où nous travaillons avec Cécile Backès sur les auteurs d’aujourd’hui et où a été créé en février ce nouveau texte d’Alice Birch, traduit par Sarah Vermande. La pièce a fait suite à une requête de la Royal Shakespeare Company, qui a demandé à Alice Birch de réagir à la proposition suivante : « Les femmes bien élevées entrent rarement dans l’Histoire. »

« C’est ce désir de relations intimes, professionnelles et politiques autres que la pièce met à nu. »

Pourquoi avez-vous choisi ce texte ?

A.A. : Ce texte interroge les rapports hommes/femmes et les processus de révolution de façon vraiment percutante et étonnante. La dramaturgie originale et non linéaire fonctionne par associations et se déploie en douze séquences. Les acteurs expérimentent des micro-révolutions, où les situations et les rapports de force se retournent grâce au langage. C’est un théâtre brut, immédiat. A travers des mots très simples, Alice Birch tape dur contre la société de l’ultra consommation et le pouvoir masculin, et je souhaite préserver le fil de l’humour comme la violence de la charge. La pièce a obtenu un succès considérable : elle a été jouée au Royal Court à Londres,  à la Schaubühne à Berlin, et à New York !

Que révèle ce texte de notre époque ?

A.A. : Nous ne savions pas au moment où nous avons décidé de monter la pièce il y a deux ans que notre société même connaîtrait une telle envie de révolution : c’est une coïncidence troublante… Plusieurs séquences commencent par la phrase : « Je ne comprends pas ». C’est cette incompréhension du monde, que je partage et qui est partagée par beaucoup d’entre nous, qui engendre un désir de révolution. Je pense que l’envie de vivre différemment et de repenser la relation à l’autre est une tendance profonde de notre société. C’est ce désir de relations intimes, professionnelles et politiques autres que la pièce met à nu. Le théâtre permet de formuler et de penser les questionnements, pour ne pas se livrer au hasard. C’est une pièce manifeste, une pièce mosaïque en forme de cabaret qui renouvelle le regard sur  les rouages de la domination. La pièce met en œuvre des processus de déconstruction voire de démolition de nos normes habituelles et des mécanismes d’asservissement. Qui est garant du sens aujourd’hui ? Qui est garant de la compréhension du monde ? Avec un quatuor d’acteurs – Mounya Boudiaf, Maxime Guyon, Pauline Jambet et Antoine Lemaire – et un musicien – Benjamin Collier -, cette pièce tape fort dans nos représentations de manière drôle mais aussi angoissante et sombre. C’est formidable de pouvoir mener sur un plateau de théâtre une telle expérience… révolutionnaire !

 

Propos recueillis par Agnès Santi

A propos de l'événement

Revolt. She said. Revolt again.
du Mercredi 6 juillet 2016 au Dimanche 24 juillet 2016
Avignon Off. La Manufacture
2 Rue des Écoles, 84000 Avignon, France

La Patinoire.


à 18h10. Tél  : 04 90 85 12 71. Durée : 1h45 trajets compris.


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