La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Quand je pense qu’on va vieillir ensemble

Quand je pense qu’on va vieillir ensemble - Critique sortie Théâtre Paris Théâtre des Bouffes du Nord
Légende : Partie de pétanque sur musique d’Avignon en ouverture des Chiens de Navarre CR : Ph.Lebruman

Bouffes du Nord / Les chiens de Navarre / mes Jean-Christophe Meurisse

Publié le 20 avril 2013 - N° 209

Une raclette ou Nous avons les machines, pour ne citer qu’eux, avaient franchement revigoré le paysage théâtral français. Quand je pense qu’on va vieillir ensemble rameute sur scène l’humour cynique et joyeux des Chiens de Navarre.

Art de plateau et d’impros réconciliant le haut et le bas, l’intellect et le corps, art dont on dit pourtant parfois qu’il n’a ni queue ni tête,  le théâtre des Chiens de Navarre fait rituellement ruisseler dans nos blessures les acides du rire et de la mélancolie. Quand je pense qu’on va vieillir ensemble a le piquant des précédents opus, dont il reprend quelques recettes sans pour autant les user. Ainsi, des séquences de groupe fleurissent à nouveau, où les plus chiens sont bien ces maîtres de cérémonie, ces coachs en séduction et en recherche d’emploi qui dissimulent sous une rhétorique mielleuse et bien huilée toute la violence d’une société de gagnants. Ainsi, si les scènes orgiaques et cannibales disparaissent, une quéquette vient quand même briser le vernis d’un conte de fée sucré dans un long et hilarant dérapage contrôlé. Ainsi, lancé sous la figure tutélaire d’Ike et Tina Turner, couple qui mania dans la vie le « je t’aime moi non plus » avec une certaine ferveur, le spectacle ne déçoit pas non plus côté baston, avec ses époux qui se cognent et s’embrassent sans transition à l’avant d’une voiture, ou avec cette femme qui renverse à coups de genoux dans le dos l’autorité de  celle qui prétendait la conseiller.

S’aimer quand on voudrait s’entredévorer

Cathartique, le théâtre des Chiens de Navarre est ainsi fait, bourré de références culturelles et chevillé au corps, à la pulsion, violente parfois, sexuelle souvent, forcément réprimée dans l’état de société qui est le nôtre, et qui trouve dans la parenthèse d’un théâtre carnavalesque un espace de liberté, entraînant dans son élan  la chute des masques et des conventions. Quand je pense qu’on va vieillir ensemble parle de tout ça, de ce conflit intérieur perpétuel entre la bonté et l’animosité, de l’obligation humaine, trop humaine, de vivre en couple et en communauté, du besoin de faire semblant de s’aimer quand on voudrait tout le temps s’entredévorer, du temps passant aussi, qui émousse la violence et aiguise la maturité. Cette maturité, elle guette également le collectif des Chiens de Navarre, composé maintenant de bons trentenaires, qui s’est ici limé les canines pour faire moins dans la cruauté, et laisser davantage de place à l’expression de l’intime et de la mélancolie. Leur travail sur le fil ne se fatigue pourtant pas : l’improvisation irrigue toujours un canevas bien ficelé, rendant chaque instant fragile. Quitte à ce que la réussite soit aléatoire, à ce que le rythme faiblisse par endroits. L’intensité du présent ne se perpétue qu’à travers le danger.

Eric Demey

A propos de l'événement

Quand je pense qu’on va vieillir ensemble
du Mardi 14 mai 2013 au Samedi 25 mai 2013
Théâtre des Bouffes du Nord
37 Bd de la Chapelle, 75010, Paris
Du 14 au 25 mai. Tél : 01 46 07 34 50. Spectacle vu aux Subsistances à Lyon.
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