Théâtre - Critique

Pour le meilleur et pour le dire

© J Bersi Roger Contebardo et Céline Perra interprètent Audrey et Julien, un couple en devenir.

Texte de David Basant et Mélanie Reumaux / Mes David Basant

Une comédie psychologique et sentimentale autour du rôle central de la parole dans les relations humaines. La psychanalyse ou la possibilité de l’optimisme ! 

« La parole est au centre de tout ». C’est ce que pense Mona, et c’est ce qu’elle met en pratique à travers son métier de psychanalyste. Au fil de l’écoute, elle laisse émerger de signifiants jeux de mots comme autant d’ouvertures vers de nouveaux possibles. C’est à la psychanalyste Elsa Cayat, assassinée avec ses camarades dans les locaux de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015, que Mélanie Reumaux, psychologue clinicienne, et David Basant, auteur de théâtre, dédient ce texte. Profondément libre, elle aussi aimait les jeux de mots, riait fort et prônait l’amour de soi qui permet l’amour de l’autre. Contre la haine, les peurs et les refuges fallacieux. Afin d’éclairer le pouvoir de la parole qui se fraie un chemin vers sa libération – et la libération des êtres -, la pièce met en scène un couple en crise : Audrey approche de la quarantaine et désire un enfant avec Julien ; déjà père d’un petit garçon né d’une précédente union, Julien aime Audrey mais cette idée le panique et le fait fuir. Coralie, la meilleure amie de Julien, et Sasha, le fils de Mona, interviennent dans leur histoire mouvementée.

Eloge de la parole et mise en jeu des affects    

Au centre de la scénographie conçue par Alain Lagarde, le cabinet de Mona avec ses murs transparents, refuge et lieu de soin perméable au monde, douce caverne où l’accès à la connaissance se concrétise par l’expression de la parole. « Tout peut se dire, tout peut s’entendre. » suggère Mona à Julien pour guérir son silence entravant. Cette comédie psychologique et sentimentale, à la fin logiquement heureuse – comme y invite la finalité même d’une psychanalyse réussie, qui ouvre la voie de l’autonomie -, conjugue légèreté et profondeur, moments comiques quasi vaudevillesques et moments d’émotion touchants. Dans une vraisemblance qui vise à laisser voir la complexité des enjeux, la force poignante du conflit entre l’évidence des sentiments et la puissance des blocages, entre dit et non-dit. Sur scène, il s’agit de se tenir sur un fil ténu, sans basculer du côté du sur-jeu. Malgré parfois quelques déséquilibres et fragilités, la partition trouve son rythme. Céline Perra et Roger Contebardo (Audrey et Julien) sont très justes, de même qu’Edouard Giard dans le rôle de Sasha. Caroline Brésard interprète Coralie avec fougue et Tessa Volkine donne vie à Mona avec autorité. La comédie plaisante invite à réfléchir à ce qui entrave la liberté, non pas pour cultiver l’individualisme, mais pour laisser l’amour prendre sa place. Grâce à la parole qui démêle et libère, un optimisme fondamental et joyeux combat ici les épreuves de la vie.

Agnès Santi

A propos de l'événement

Pour le meilleur et pour le dire
du Lundi 27 août 2018 au Mercredi 2 janvier 2019
La Manufacture des Abbesses
7 rue Véron, 75018 Paris.

lundi, mardi, mrec redi à 21h, dimanche à 20h, relâche les 23, 24 et 25 décembre. Tél : 01 42 33 42 03.     


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