Théâtre - Entretien

Philippe Caubère / Adieu Ferdinand !

Le comédien Philippe Caubère CR : Gilles Vidal

Athénée Théâtre Louis-Jouvet / texte, mes et interprétation de Philippe Caubère

Trois contes en deux soirées : La Baleine, Le Camp naturiste et Le Casino de Namur racontent les ultimes aventures de Ferdinand. Ferdinand s’en va, Philippe Caubère demeure !

 

« Il ne s’agit pas de mes adieux à la scène, mais des adieux à un personnage. »

Pourquoi cet adieu ?

Philippe Caubère : Parce que j’ai fini de vider mes tiroirs ! J’arrive au bout de ce que contenaient d’intéressant les deux grandes improvisations réalisées en 1981 et 1983, progressivement mises en forme. Restaient trois épisodes : les voilà ! Il ne s’agit pas de mes adieux à la scène, mais des adieux à un personnage. J’espère bien continuer et même reprendre ces spectacles. Il s’agit d’un adieu à l’écriture, d’un adieu littéraire. Au début, je voulais intituler cette dernière série « adieu au roman », mais Clémence Massart trouvait ce titre trop prétentieux. Ce n’est pas « Adieu Philippe Caubère ! », mais « Adieu Ferdinand ! ».

Que racontent ces trois derniers épisodes ?

P. C. : La Baleine raconte le premier adultère dans un jeune couple, Ferdinand et Clémence, dans les années 70. J’ai beaucoup dit comment Clémence trompait Ferdinand, mais je n’ai jamais abordé l’épisode où lui la trompe. C’est drôle – j’espère ! –, vrai, juste. Je raconte comment les choses se sont passées, très bien, et évidemment très mal, bien sûr ! Dans Le Camp naturiste, à un moment où Ferdinand est à ramasser à la petite cuillère, Clémence l’emmène dans le pire endroit qu’on puisse imaginer, une sorte de cauchemar en plein air, un camp naturiste où il n’y a que des Belges à poil ! Face à cet hallucinant franchissement des tabous, qui pourrait emporter ce qui reste de Ferdinand, il est sauvé par Proust ! Pour résumer Le Casino de Namur, il s’agit d’une sorte de Festen chez les betteraviers ! Deux Marseillais assistent à un règlement de comptes effroyables entre Belges. Je pensais que j’allais faire ça les doigts dans le nez, mais, en fait, c’est monstrueux parce que très abondant. Je suis sur le chantier depuis le 1er juin dernier, mais, comme toujours, il faudra donner l’impression que tout cela s’écrit et se joue les doigts dans le nez !

Comment expliquer l’engouement permanent du public, souvent jeune, pour les aventures de Ferdinand ?

P. C. : Caubère a presque soixante-dix ans, Ferdinand a entre zéro et trente ans. Ferdinand est une invention ; ce n’est pas moi : il faut éviter la confusion. Un acteur de soixante-sept ans joue un jeune homme de trente ans : c’est la magie du théâtre. Après il faut se débrouiller pour que le public y croie : c’est tout l’art et tout le travail ! Mes pièces prouvent que le monde n’a pas tellement changé. Seuls les journalistes croient à la précipitation des événements, mais les poètes savent que le monde ne change pas. On est encore en 68. L’arrivée des téléphones portables, d’Internet et de tous ces objets modernes n’est qu’un épiphénomène. Le camp de Montalivet n’a pas changé. Le jeune homme qui trompe sa copine, ça n’a pas changé d’un millimètre. C’est toujours la même histoire ! Et c’est pareil pour les betteraviers. Un jeune homme martyrisé par sa famille qui refuse qu’il fasse du théâtre, c’est une situation peut-être un peu plus rare aujourd’hui chez les bourgeois, qui admettent mieux – et encore ! – cette vocation. Mais la situation est loin d’avoir disparu. La preuve en est que les gamins de vingt ans qui viennent voir mes spectacles s’y retrouvent, et souvent davantage que dans les spectacles actuels. Ce vieux qui joue sa jeunesse, ça les fait marrer ! Ils disent : c’est comme nous ! On n’est pas tout seul, il a vécu ça avant nous ! C’est un peu le rôle de l’art en général. Pardon pour la comparaison, mais c’est aussi ce qui se passe avec Céline, Goldoni, Tchekhov ou Molière. Ce qui m’intéresse au théâtre c’est de représenter la vie, ce qui n’est pas l’objet principal du théâtre contemporain.

Vous retrouvez l’Athénée pour ces adieux…

P. C. : Le compagnonnage avec ce théâtre est comme celui que j’ai connu avec Jean-Michel Ribes, au Théâtre du Rond-Point. A l’Athénée, je suis désormais installé, enraciné, c’est vraiment une histoire d’amour. Avec Patrice Martinet, il s’agit d’une vraie collaboration artistique, très harmonieuse. Comme avec Gérard Gelas au Chêne Noir, où je vais créer ce spectacle, on s’entend bien. Ce sont des amis artistiques. C’est là l’essentiel, alors pourquoi s’en priver ?

Propos recueillis par Catherine Robert

A propos de l'événement

Philippe Caubère / Adieu Ferdinand !
du Samedi 2 décembre 2017 au Dimanche 14 janvier 2018
Athénée Théâtre Louis-Jouvet
7 Rue Boudreau, 75009 Paris, France

Le mardi à 19h ; du mercredi au samedi à 20h ; dimanche à 16h. Tél. : 01 53 05 19 19. La Baleine & Le Camp naturiste et Le Casino de Namur, en alternance dans la grande salle. Voir calendrier de l’alternance sur le site : www.athenee-theatre.com


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