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Théâtre - Gros Plan

Les folles d’enfer de la Salpêtrière, à la MC93

Les folles d’enfer de la Salpêtrière, à la MC93 - Critique sortie Théâtre
Les folles d’enfer de la Salpêtrière, à la MC93

Publié le 10 juin 2007

Des femmes que l’on ne voulait plus voir
A l’occasion d’une exposition à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, la sculptrice et auteure Mâkhi Xenakis s’est plongée dans les archives de ce qui fut, de Louis XIV à Charcot, un lieu d’enfermement pour femmes indésirables. Anne Dimitriadis met en scène le texte issu de cette immersion historique en veillant à s’extraire du pathos, du démonstratif et du psychologisme.

Les démentes, les libertines, les orphelines, les possédées, les protestantes, les juives, les homosexuelles, les impotentes, les aveugles, les mendiantes, les filles de joie, les suicidaires… : en somme, toutes celles – vieillardes comme gamines – dont un mari, un frère, un père ou un familier ne souhaitait plus entendre parler. Sur simple dénonciation, une femme pouvait ainsi, du jour au lendemain, se voir enfermée entre les murs de « l’hôpital général pour indigentes » créé, en 1656, par Louis XIV. « L’idée du jeune roi était de parvenir à la rédemption de toutes ces malheureuses par la prière et le travail », explique Mâkhi Xenakis. « En consultant les archives de la Salpêtrière, j’ai découvert les terribles conditions de vie qui étaient réservées à toutes ces détenues. Les témoignages que j’ai eu l’occasion de lire, les rapports, les faits consignés dans les registres de l’hôpital, sont d’une violence et d’une barbarie incroyables. » S’emparant d’extraits de ces documents historiques, les mettant bout à bout de façon chronologique, l’auteure des Folles d’enfer de la Salpêtrière a composé « une accumulation d’histoires qui raconte, à travers plusieurs siècles, les destins brisés et le quotidien de ces indésirables. »

Une longue spirale incantatoire

Une accumulation sans ponctuation faite de silences, d’espacements poétiques, bâtie au gré de ce qu’Anne Dimitriadis considère comme « une langue forte et très personnelle ». « Lorsque j’ai lu pour la première fois Les folles d’enfer de la Salpêtrière », confesse-t-elle, « je me suis immédiatement dit qu’il y avait là une grande puissance, quelque chose de l’ordre de la tragédie antique. Ce texte est comme une partition, comme un chant, une longue spirale incantatoire que j’ai eu envie de mettre en construction sur un plateau de théâtre. » Ainsi, prenant corps au sein de la petite salle de la MC93, ce projet réunit sur scène Jérôme Derre, Julie-Marie Parmentier et Nathalie Richard, trois comédiens autour desquels la metteure en scène a souhaité construire une forme de mosaïque théâtrale. « J’ai travaillé à ne surtout pas faire naître de pathos, de psychologisme ou de démonstratif. Pour cela, j’ai demandé aux acteurs de s’approprier ce texte à travers des codes de jeux différents, afin de générer une certaine étrangeté sur scène, une forme de décalage et de distance susceptible d’éclairer l’universalité de ces destins de femmes. Car, d’une certaine façon, ces histoires d’un autre temps pointent du doigt tous les indésirables que notre société refuse toujours de voir. »

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