La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

On achève bien les anges

On achève bien les anges - Critique sortie Théâtre Aubervilliers Fort d’Aubervilliers

Théâtre Equestre Zingaro Fort d’Aubervilliers

D’ordinaire, l’expression concerne les chevaux… Ici, les anges ne remplacent pas l’animal, mais sont les cavaliers d’un nouveau monde perché entre terre et ciel.

Si le cheval file à chaque fois la métaphore symbolique, nourri d’un imaginaire collectif pour ouvrir à des mondes poétiques, Bartabas a quelque peu déplacé le curseur pour cette création : le cavalier est ici celui par lequel la dramaturgie se déroule et l’univers visuel se déploie. Ailés et descendus du ciel au cœur d’une prairie où les chevaux s’ébattent, ces cavaliers blancs aux yeux bandés prennent peu à peu possession de ce monde, qui a tout l’air d’un purgatoire tant les personnages qui le peuplent ne sont que demi-teintes et révèlent tantôt leur grandeur, tantôt leur part d’ombre. Bartabas lui-même chevauche avec une allure tantôt empreinte de majesté, pour oser soit la déchéance d’un homme titubant, soit la posture d’un homme déjà mort, la corde au cou et les ailes brûlées. Il danse les élégies d’un paradis perdu, bercé par la voix éraillé de Tom Waits dont les ballades ponctuent le spectacle. Autres personnages dont l’ambigüité interroge : une cohorte de clowns musiciens, suivie de près par un garçon-boucher dont les confiseries, comme ces oreilles de cochonnet en gaufrettes, attisent le dégoût ou le sourire. Mais ils sont aussi les clowns de baraques de foire prompts à faire danser les chevaux, bercés par un solo de Yuka Okazaki, ou à faire planer les spectateurs, envoûtés par la scie musicale.

Une pièce où se côtoient l’humour et la mort

Que ce soit dans la brume d’un cimetière, errant entre les tombes, sous la neige battante, ou traversant une profondeur de mousse aérienne, les nombreux chevaux peuplent ces espaces et ces atmosphères autant douces qu’anxiogènes, toujours sur le fil entre énergie et délicatesse. Bartabas a réussi la synthèse entre un univers visuel, poétique et musical, dans une rencontre avec l’animal qu’il tente de réinventer à chaque fois. Mais ici, l’homme est censé être un ange, qu’il porte aux nues ou qu’il déchoit selon les circonstances. Ce désir de mêler l’art équestre au théâtre et à la musique reste toutefois contrarié par la construction du spectacle, en succession de tableaux attendus alternant les scènes de groupes, les solos du concepteur, et les retours des clowns qui ne sont plus que des intermèdes musicaux ou contrepoints burlesques à l’étrangeté de la présence des chevaux et des anges. Ceux-ci ferment la parenthèse en rejoignant leur paradis perdu, et nous laissent dans le souvenir d’un insolite voyage où l’humour et la mort ont côtoyé, deux heures durant, des êtres vivants pas tout à fait humains, ni tout à fait animaux.

Nathalie Yokel

A propos de l'événement

On achève bien les anges
du Mercredi 21 décembre 2016 au Dimanche 28 février 2016
Fort d’Aubervilliers
176 Avenue Jean Jaurès, 93300 Aubervilliers, France

à 20h30, sauf le dimanche à 17h30, relâche les lundis et jeudis, et du 1er au 7 janvier. Tél. : 01 48 39 54 17. En tournée du 26 mars au 24 avril 2016 avec le Quartz de Brest, et du 3 au 22 mai avec La Coursive de La Rochelle.


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