La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Olivier Mellor et la Compagnie du Berger présentent « 7 minutes (comité d’usine) », œuvre chorale intensément politique et plaidoyer pour la dignité

Olivier Mellor et la Compagnie du Berger présentent « 7 minutes (comité d’usine) », œuvre chorale intensément politique et plaidoyer pour la dignité - Critique sortie Théâtre 75012 Paris. Théâtre de l’Epée de Bois
© Alexandre Voltekk Tourte 7 minutes, par la compagnie du Berger.

Théâtre de l’Épée de Bois / Texte de Stefano Massini / mise en scène Olivier Mellor

Publié le 21 mai 2026 - N° 344

Olivier Mellor et la Compagnie du Berger s’emparent de la pièce chorale de Stefano Massini, thriller haletant centré sur un comité d’usine unissant ouvrières et employées, faisant face à une décision difficile. Un vibrant éloge du dialogue en vue d’aguerrir une pensée commune. Un plaidoyer pour la dignité.

C’est un théâtre somme toute rare, un thriller social qui interroge et donne sens à la puissance et aux fragilités du collectif, quand il s’agit pour les plus vulnérables de faire entendre leurs voix face aux puissants, à ceux qui décident, depuis des lieux rendus inaccessibles. Où en est-on ? Comment la lutte pour l’égalité et la dignité s’exprime-t-elle ? Loin des rétrécissements, assignations et mirages identitaires de l’époque, loin de la logique immonde du bouc émissaire, la compagnie du Berger voit large. Les yeux grands ouverts sur l’humanité des personnages, sur la nécessaire fraternité – sororité –  que demande la vie, la pièce braque le projecteur sur une assemblée d’ouvrières et employées, dans l’attente de la décision des dirigeants de leur entreprise, menacée de fermeture. Elles sont 11, représentant quelque 200 salariés. Lorsque Blanche, la porte-parole de leur comité d’usine, revient après près de quatre heures de réunion, elle annonce la nouvelle : pas de fermeture de Picard & Roche, mais les patrons leur demandent de renoncer à 7 minutes de leur temps de pause. Les divergences, les oppositions, les humeurs s’expriment, avant un vote décisif pour savoir s’il faut oui ou non accepter cette condition.

De l’intérêt de chacun à l’intérêt de tous

Plus que le résultat du vote, grâce au remarquable texte autant qu’à l’interprétation millimétrée et à une mise en scène impeccable de précision et d’empathie, c’est le cheminement des unes et des autres, ce sont leurs confrontations qui importent, riche d’implications politiques, exposant toutes sortes de difficultés et débats. Toutes singulières, de la gamine de 19 ans aux anciennes, ces femmes sont incarnées par de belles comédiennes, dont Karine Dedeurwaerder dans le rôle de Blanche, ainsi que Marie Laure Boggio, Delphine Chatelin, Marie-Béatrice Dardenne, Valérie Decobert, Aurélie Longuein, Valentine Loquet, Sophie Matel, Elsie Mencaraglia, Emmanuelle Monteil et Fanny Soler. Installées dans un lieu à elles au sein de l’usine, tandis que derrière de hauts murs (infranchissables ?) se réunissent « les costards-cravates », elles s’engagent dans un dialogue vigoureux qui se fait vibrant appel à la dignité. Limpide, la scénographie contribue à faire entendre l’universalité de la lutte, sans aucun didactisme. Comme toujours dans le travail de la compagnie, la musique et la composition musicale, ici signée par Séverin Toskano Jeanniard, accompagne la partition théâtrale. Huit ans après avoir adapté avec succès L’Établi (2018) de Roger Linhart, qui avait intégré l’usine Citroën de la Porte de Choisy afin de mieux appréhender la réalité de la condition ouvrière, Olivier Mellor et les siens éclairent à nouveau avec talent le monde du travail – ce n’est pas si fréquent sur une scène de théâtre.  Auteur du reconnu Chapitres de la chute / Saga des Lehman Brothers, Stephano Massimi s’est notamment inspiré de la lutte des ouvrières de Lejaby en Haute-Loire pour écrire ce texte révélateur. Force est de constater que son actualité demeure, tant nous avons besoin de débat démocratique, de réflexion commune, d’attention réelle envers tous les membres du corps social.

Agnès Santi

A propos de l'événement

7 minutes
du jeudi 11 juin 2026 au dimanche 28 juin 2026
Théâtre de l’Epée de Bois
Théâtre de l’Épée de Bois, Route du Champ de Manœuvre, 75012 Paris.

du jeudi au samedi à 21h, dimanche à 16h30. Tél : 01 48 08 39 74. Durée : 1h30. Spectacle vu au Centre culturel Jacques Tati à Amiens.

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